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La première levée de Jacques Anquetil - Tour de France 195727 juin 2019  

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Tour 1957 : Jacques Anquetil, associé à une équipe de France en verve et à une fournaise, terrasse la concurrence et remporte la première de ses cinq levées.

Suite au camouflet de l'équipe de France un an plus tôt et malgré le triomphe d'un sans grade du comité Nord-Est-Centre, Roger Walkowiak, le sémillant et visionnaire Marcel Bidot affirma, nanti d'une véhémence insoupçonné teintée d'une fermeté déjà affirmée, qu'on le l'y reprendrait plus. L'homme providentiel des années Bobet venait de subir le premier mais cuisant échec de sa toute nouvelle carrière. Le "Boulanger de St-Méen" absent des débats, les Tricolores, manquant cruellement d'homogénéité, s'étaient montrés incapables, tout au long de l'épreuve, d'exercer une quelconque pression sur leurs adversaires les plus avérés. Cette solidarité, ce sens du devoir, cet esprit de sacrifice qui avaient fait la grandeur des coureurs de l'hexagone trois saisons durant, s'étaient soudainement et étonnamment liquéfiés du fait de la seul absence du Breton d'Ile et Vilaine. Foutaise pour farfadets attardés, songea alors l'équipier modèle et assidu de "Charlot" et "Dédé" lors d'un Tour 1930 de grand cru remporté par ce dernier. Fort du retour de l'enfant prodige, Louison Bobet, et de la rédemption du toujours grincheux et impayable bonimenteur "Grand Fusil", le patron des Tricolores semblait augurer un avenir des plus attrayants. Or, un coup de fil de Jacques Marchand, du quotidien l'Equipe à l'affable et merveilleux narrateur Pierre Chany, allait chambouler, pour le compte, tous les plans et prémonitions ambitieuses du Champenois. Lors d'une partie acharnée de 421 sur le cuivre meurtri et bosselé du comptoir d'un estaminet anodin (Hôtel Terminus, le bien nommé à Roanne, en fait), le conciliabule qui s'ensuivit fut, à l'instar de celui qui s'instaura un jour de 1918 à bord d'un wagon restaurant de Rethondes, toutes proportions gardées bien évidemment, d'une importance exceptionnelle sur les évènements qui allaient suivre. Pour le "Boulanger de St-Méen" l'équation apparaissait d'une limpidité désarmante. Bobet, subodorait ne plus avoir rien à prouver sur les routes de France en juillet et son esprit tourmenté ajouté à une ambition toujours intacte s'étaient axés sur l'unique préparation d'un Giro qui allait s'avérer d'un grand très grand cru. Le "Grand Fusil", pour sa part, se montrerai fidèle à son chef de file et leader de l'Equipe de France, hâbleur, un soupçon gouailleur s'en était ouvert, tout comme Bobet d'ailleurs, au plus que compétent radioreporter de l'époque, Fernand Choisel : "Si Louison renonce, je quitterai moi aussi l'Equipe de France. On tient la rampe depuis dix ans ! Aux autres d'en faire autant ! Moi, je participerai au Tour de France dans une équipe régionale."

Devant une telle situation, qui aurait apparu inextricable à nombre de ses congénères, notre Marcel Bidot national conservateur jusqu'au bouts des orteils allait se montrer, par la force des choses, d'une audace insoupçonnée jusqu'alors. Seul au monde, la gitane aux commissures de ses lèvres fébriles, le Champenois s'apprêtait à coucher sur la feuille blanche les noms qui devraient faire oublier la saignée béante laissée par les absences inopinées et malencontreuses de nos deux "dinosaures". Anquetil, Bauvin, Bergaud, Bouvet, Darrigade, Forestier, Mahé, Privat, Stablinski et Walkowiak sont les noms qui s'égrenèrent, non sans un soupçon d'hésitation, sur la page initialement immaculée de cet électeur de fortune. L'Equipe de France, forte de ses nouveaux et heureux élus, était née et s'acheminait inexorablement mais sûrement vers un massacre en règle de la concurrence.

Le quotidien cher à Jacques Goddet, l'Équipe, qualifia cette quarante-quatrième levée de la kermesse de juillet, "Tour crématoire". Pas vraiment judicieux à l'heure où les plaies béantes, stigmates souvent indélébiles du conflit mondial, peinent à cicatriser. La chaleur caniculaire régnant sur l'hexagone, risquait, en effet, d'imposer des temps de récupération mal à propos lors d'une épreuve où ceux ci s'avèrent peu nombreux. La course pourrait se jouer, alors, sur la condition des hommes et il apparaît évident pour nombre de suiveurs et de journalistes que la jeunesse, même néophyte et inexpérimentée, devraient éclabousser cette quarante quatrième édition. L'hégémonie faite autour du nom d'un jeune Normand de tout juste 23 ans, Jacques Anquetil, résume parfaitement cet état de fait. Cité avec insistance aux quatre coins des rédactions, le natif de Mont Saint Aignan ne s'en émeut pas plus que ça. Ce surdoué de l'effort solitaire a déjà emmagasiné un surplus de lauriers à l'âge où nombre de ces congénères découvrent seulement les rudiments de la haute compétition. Quatre succès en autant de Grand Prix des Nations donnent une idée de la précocité du bonhomme sur ses qualités de rouleur, bien évidemment, mais sur ses aptitudes à gérer le stress. Doté d'une maturité exacerbée à un âge aussi avancé, il ne doute de rien, le juvénile Normand, et surtout pas de sa faculté à bien se comporter en altitude, seul point d'interrogation d'une panoplie au demeurant complète.

Un temps estival prenait ses quartiers, à l'instar de l'ensemble du peloton, au départ de Nantes ce 27 juin 1957. La chaleur torride qui régnait en Loire Atlantique laissait, néanmoins, augurer une course d'usure et d'éliminations rédhibitoires et impitoyables. La concurrence apparaît, en outre, à la hauteur des ambitions des patrons du Tour de France dans l'optique d'une course relevée et sans concession. La formation Transalpine emmenée par le récent vainqueur du Giro, le Florentin Gastone Nencini et la Belgique chaperonné par Jan Adrieanssen très active lors de la Vuelta accompagné par un fringuant Marcel Janssens et le tout frais émoulu double lauréat du "Ronde" et de l'"Enfer", Alfred "Fred" De Bruyne, semblent les mieux armées, cependant, pour contrecarrer les plans de conquête élaborée par Marcel Bidot. La présence dans une équipe Ibérique instable, de Federico Bahamontes, dauphin de Jésus Lorono sur le Tour d'Espagne, rang qui demeurera paradoxalement pour l'Aigle de Tolède le plus flatteur lors de l'épreuve reine de la péninsule, promet des journées épiques lorsque les routes s'élèveront.

L'épreuve empruntant le sens des aiguilles d'une montre, le peloton abordera donc les massifs Vosgiens en hors d'oeuvre. La première semaine, néanmoins, étant réservée au funambule des boyaux et des arrivées groupées, c'est notre "Basque Bondissant" national, André Darrigade qui ouvre le bal sur la route de Granville en dominant partenaires et adversaires lors d'un emballage dont il a le secret. Les Tricolores René Privat, Jacques Anquetil et Gilbert Bauvin à Caen, Rouen et Charleroi, le régional du Sud Ouest André Trochut, à Metz, ainsi que l'Anversois d'Edegem, Marcel Janssens, à Roubaix, s'imposeront de belle manière et dans des registres propres à leur aptitude respective à l'occasion de cette virée dans le Nord de la France. Entre temps l'équipe de France avait triomphé de haute lutte lors d'un simulacre de contre la montre, de quinze bornes, par équipe de trois organisé sur le circuit de la Prairie à Caen. Aux pieds des Vosges, le jeune espoir Normand Jacques Anquetil trône confortablement en jaune plus d'une minute devant Marcel Janssens. L'étape des Vosges sera marquée en priorité par l'ouverture du compteur de succès de l'homme du cru Roger Hassenforder plutôt que par la difficulté à escalader le col de Linge seul épouvantail d'une journée insipide. L'Alsacien de Sausheim, quadruple lauréat lors du triomphe de "Walko" l'année précédente, s'était, en effet, montré le plus véloce d'une échappée de neuf hommes conclue un peu moins d'une minute devant un peloton réglé, pour la circonstance, par Henry Anglade du comité Sud-Est. L'Italien Pierino Baffi à Besançon et de nouveau Jacques Anquetil, auteur d'une échappée gargantuesque à dix où il reléguera la concurrence à plus de dix minutes, à Thonon s'illustreront encore avant d'aborder une étape longue et semée d'embûches tels le Tamié, le Télégraphe et le Galibier. Le matin, Jacques Anquetil se trouve en embuscade dans l'aspiration de son lieutenant favori Jean Forestier, en jaune. Derrière, c'est le néant et le plus à même de contrarier les plans machiavéliques de Marcel Bidot et de sa bande de joyeux lurons, est le Belge Marcel Janssens. L'Anversois, dont les forces semblent émoussées et les illusions envolées, végètent à plus d'un quart d'heure du leader de la course. La tactique de harcèlement élaborée par le sorcier Champenois au départ de Nantes a porté ses fruits au delà de ce qu'il espérait, il faut bien en convenir. La chaleur ayant fait oeuvre de juge de paix destructeur, on assiste, depuis le départ, à une pléiade d'hécatombes et d'abandons en série. A ce petit jeu de quilles pas très orthodoxes, sportivement parlant, l'Espagne, le Luxembourg mixte, la Suisse ainsi que les Pays-Bas et l'Italie, dans une moindre mesure, s'avèrent être les plus sollicités. La fournaise aura laminé plus de la moitié du contingent à l'arrivée à Paris. Parmi eux, les deux "Aigles", Charly Gaul "de la Montagne" et "de Tolède" Federico Bahamontes furent prématurément privés de leurs ailes bien avant leur premier envol.

Les frustrés et déçus de la première semaine, Gaston Nencini et Marcel Janssens se livreront un combat épiques mais désespérés car vain sur les pentes du Galibier. A l'arrière, mais à portée de fusil, le Normand couvé et choyé par ses camarades de combat fait bonne garde malgré sa méconnaissance de la haute altitude. Jamais, Jacques Anquetil ne laissera le duo s'enthousiasmer ni espérer pas même s'illusionner. Le froid et implacable calculateur, s'épanouissait inexorablement. Finalement, le Normand avait forgé son futur succès en deux occasions royalement orchestrés dans la spontanéité et la ponctualité sur des routes aussi atypiques que celles de Charleroi et de Thonon. Du bel ouvrage, en vérité. Mais nous n'en sommes pas encore aux bilans, loin de là.

Toujours est-il, que le succès de Gaston Nencini, futur lauréat trois saisons plus tard, aura eu le mérite d'assoupir l'exaltation toujours communicative mais trop souvent désordonnée voir dangereuse des tifosis en nombre sur les pentes et dans les lacets du Galibier. A défaut de victoire finale le Florentin remportait la première de ses deux étapes et se hissait, en outre, au sommet du classement des montagnards ailés. Le lendemain et le surlendemain, les Tricolores cadenassèrent la course en expédiant des éclaireurs à l'avant de la course. Ainsi, René Privat ajouta un second succès dans son escarcelle en s'imposant au sprint à Cannes à l'issue d'une échappée à trois où il domina le Franco-Italien du Sud-Est, Nello Lauredi et le Batave Wim Van Est et ce, malgré le franchissement d'Allos. "Stab", lui, s'offrit un one man show d'anthologie sur la pente du Mont Faron et de l'Espigoullier. Le futur quadruple Champion de France et Champion du Monde de Salo Di Garda, déjà baroudeur émérite, fit ce jour là, étalage de toute sa classe naissante, de sa science de l'offensive et son abnégation à dépasser les limites de l'entendement. La chaleur en aurait rebuté plus d'un, pas Jean Stablinski ce Polonais, Nordiste d'adoption, guerrier et volontaire jusqu'à la pointe de ses cales pieds. "Stab", le port altier, le rictus enjoué, frais comme un gardon et nullement mécontent de sa chevauchée héroïque, franchira la ligne d'arrivée à Marseille douze minutes avant les premiers poursuivants fourbus dont le faciès cadavérique contrastait avec la mine réjouit du héros du jour. "Stab" trouvera même les ressources de devancer son compatriote André Darrigade, le lendemain à Alès, pour la deuxième place derrière le rapide Italien Nino Defilippis, lors de l'emballage finale. Roger Hassenforder, après Colmar, remettra le couvert à Perpignan avant que René Privat ne réalise la passe de trois du côté de Barcelone pour une incursion de deux jours en Espagne. L'escalade de Montjuich, la bien nommée, circuit ô combien difficultueux, devenue aujourd'hui incontournable et qui a depuis obtenue ses lettres de noblesse et couronnée les plus grands artistes de la "petite reine" nous propose un contre la montre bref mais ardu à négocier de dix bornes. Jacques Anquetil dominateur y assoira un peu plus sa main mise sur une épreuve qu'il semble gérer à sa guise. Si les écarts sont minimes, ils sont néanmoins révélateurs de la superbe santé des Tricolores, à la veille d'aborder les Pyrénées dernier obstacle mais non des moindres avant la remontée que les Français espèrent triomphale vers Paris, puisque Forestier se classe second et Bauvin quatrième.

Trois étapes d'enfer attendent un peloton totalement décimé, passablement éreinté pour ne pas dire accablé dont beaucoup se trouvent à l'orée d'un abandon inéluctable. A Axe les Thermes, au soir de cette première étape Pyrénéennes qui empruntait le Puymorens, les positions au sommet de la hiérarchie demeureront inchangées. En la circonstance, le régional de la région Ouest, Jean Bourles, connaîtra son heure de gloire en faisant sienne cette étape suite à un long raid en solitaire digne d'un baroudeur des plus chevronnés. La journée suivante, celle dont tous rêvaient, coureurs, suiveurs, inconditionnels de tous poils, celle où les coureurs devaient appréhender, dans la foulée, le Portet d'Aspet, le Portillon et le col de Port, cette étape reine par excellence accouchera d'une souris. En effet, une vingtaine d'hommes, où tous les favoris figuraient, se présenteront sous la banderole à Saint-Gaudens en moins d'une minute. Nino Defilippis y cueillera, pour l'occasion, son second bouquet de juillet, tout juste perturbé par le rush tardif et vain de Jean Forestier le maudit. Ne restait plus, si l'on ose dire, à appréhender et digérer la montée de l'Aubisque et du Tourmalet, théâtre de cette 18ème étape, St Gaudens-Pau, synonyme d'épilogue favorable envisagé à défaut d'annoncé. Facile, serein, apparemment jamais en proie aux difficultés dues aux changements de topographies des terrains lors des précédentes étapes, personne dans l'entourage du Normand, ne doute un seul instant du dénouement heureux de l'entreprise. La montée du Tourmalet confirmera cette impression même si aucune attaque digne de ce nom ne s'y produisit hormis l'accès de fièvre du Lusitanien José Da Silva de la formation du Luxembourg, avide de reconnaissance, qui se propulsera à l'avant de la course dans le but suprême de franchir en tête le toit des Pyrénées. L'ascension de l'Aubisque, ensuite, sera d'un tout autre calibre car escaladé à tombeau ouvert par les coursiers encore bredouilles et motivés comme rarement à l'idée d'inscrire leur nom au palmarès d'une étape de légende. Ainsi Jean Dotto du Sud-Est mis le feu aux poudres en déclenchant les hostilités à mi-pente. Le Normand de Saint-Nazaire, se remémora alors qu'il fut un vainqueur honorable de la Vuelta deux ans auparavant et qu'il fut également un voltigeur de haute volée sur la pente du Mont Faron dans sa prime jeunesse. Arc bouté sur sa machine, le méridional d'adoption entraîna dans son sillage des hommes que le clan Tricolore eurent un mal fou à accepter la présence à ce niveau de la course. En effet, Nencini, Janssens, Adrieanssens et Lorono venaient à leurs tours de rejoindre Dotto et Gay et par la même occasion avaient abandonné à son triste sort le maillot jaune esseulé et soudain mortel. Sans ressource, livré à lui même Jacques Anquetil entamait véritablement le premier défi de sa jeune carrière. Comment allait il assumer l'adversité. Tous les regards convergeaient en direction du Normand. Allait-il craquer ou bien au contraire s'accrocher et mourir en héros. Les deux bornes les plus longues les plus douloureuses débutaient alors qu'il se croyait invincible, convaincu d'une supériorité étalée avec insolence et impudence depuis le départ de Nantes. Cette défaillance, un seul homme l'avait prévu. André Boucher, son éducateur lors de ces premiers tours de roues à l'AC Sotteville-les-Rouen, ne voyait, effectivement, pas d'un bon oeil la présence de son poulain sur le Tour à un âge si juvénile. Surtout, il était horrifié par les responsabilités dont l'avait affublé Marcel Bidot. Leader, sur une épreuve aussi relevée et importante que la kermesse de juillet, ne s'improvise pas. A ce propos les deux hommes réunis au Parc des Princes à l'issue de la course en conviendront et Jacques Anquetil avouera humblement à son ami qu'indéniablement il n'était pas prêt à de telles joutes et que seules les circonstances de course favorables lui permirent de faire illusion jusqu'au terme de ce Tour 1957. L'âme du Champion en devenir sommeillait, toutefois, et jamais Jacques Anquetil ne laissera le doute embaumer son corps meurtri et son esprit vagabond. il se ressaisit alors et réussit tant bien que mal à stopper l'hémorragie et à exorciser ses angoisses, mieux, il réduisit singulièrement, aidé en cela par un Henry Anglade des grands jours, un écart qui aurait pu devenir rédhibitoire. "Maître Jacques" pas encore né prenait néanmoins ses aises.

Jacques Anquetil cèdera finalement un peu plus de deux minutes à ses plus dangereux adversaires, une peccadille en rapport à sa relative inexpérience des défaillances et autres sorcières aux dents vertes. Gastone Nencini triomphait à Pau et remportait du même coup le classement des montagnards, réservé aux hôtes privilégiés véritables mouflons ailés. André Darrigade ne triomphera pas chez lui à Bordeaux comme il en rêvait, la faute à Pierino Baffi arrivé plus de vingt minutes avant lui après un raid long et monotone, au sein des forêts Landaises et des bouts droits interminables, de deux cent bornes. Le "Basque Bondissant" se vengera, cependant, de belle manière en s'adjugeant les deux dernières étapes à Tours et surtout au Parc des Princes devant une foule toute acquise à la cause des Tricolores grands bonshommes de cette quarante quatrième édition. Entre temps, sur les routes plombées du Bordelais, le métronome de l'effort solitaire mettra un point d'honneur, lui l'archétype de la discipline, à écrabouiller et éclabousser de toute sa classe l'ultime long contre la montre de 66 bornes entre Bordeaux et Libourne. Tous les opposants du Normand au delà des deux minutes en dit long sur les capacités de récupération du nouveau prédateur des pelotons. Au Parc des Princes, quinze minutes sépareront le roi de son dauphin, le méritant et ô combien valeureux Belge Marcel Janssens. L'Autrichien, Adolf Christian complétant le podium plus par sa régularité que par son brio ou ses coups d'éclats pointant, pour sa part, à près de dix huit minutes du vainqueur Français.

L'équipe France s'avérait être la grande triomphatrice de cette édition avec douze victoires d'étape dont deux triplés pour André Darrigade et René Privat. Jean Forestier s'adjugeait le classement par point et la formation Tricolore enlevait haut la main le Challenge International par équipe. Seul, finalement le Grand Prix de la Monde échappait à la boulimie bleu-blanc-rouge. Jacques Anquetil, quant à lui, maillot jaune s'octroyait la bagatelle de quatre victoires d'étape mais surtout laissait augurer des lendemains chatoyants pour le cyclisme hexagonal. Seulement voilà, les prédictions d'André Buchet allaient s'avérer justifiées. En outre, les adversaires du Normand, victimes expiatoires de la chaleur, n'allaient certainement pas aussi aisément se résoudre à passer la main et abandonner à ce jeune présomptueux le leadership des épreuves par étape, fusse t'il doué et pétri de classe que le coureur de Mont Saint Aignan. Enfin, la canicule ne régnerait pas tous les ans d'aussi implacable façon et la formation Français n'aurait sans doute pas non plus autant de chance que cette saison. En effet, Charly Gaul, Federico Bahamontes et Gastone Nencini rappelèrent, s'il en était besoin, que nul n'est maître de son destin. Jacques Anquetil, devenu "Maître Jacques" reprendra sa vraie place, la première, lorsqu'il aura appris de la défaite et ce sera chose faîte dès 1961. Alors...

Michel Crépel


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Fichier mis à jour le : 1/02/2013 à 19:06

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