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La chronique du Tour 2006 par J.L. Bey23 septembre 2019  

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Jeudi 27 juillet

Bilan : Sa Majesté l'Empereur des Anes

Il était une fois une communauté sportive qui avait réussi à attirer sur elle toutes les rancœurs, les jalousies, les suspicions et l'agressivité des médiocres. Comment avait-elle réussi cet exploit alors que les mêmes dérives qui lui étaient reprochées frappaient maints autres sports et certainement de larges pans de la société même qui les stigmatisait ? Difficile à dire : il y a dans le syndrome des boucs émissaires de multiples facteurs psychologiques que je ne prendrais pas le temps d'analyser aujourd'hui mais telle était la situation du cyclisme en général, et professionnel en particulier, depuis les années 70. Ce phénomène médiatisé à l'excès par la loupe télévisuelle du Tour de France à l'occasion du décès de Tom Simpson au sommet du Ventoux puis de la poire (de ?) Pollentier à l'Alpe d'Huez avait connu un succès d'audimat retentissant à partir de l'affaire Festina de 1996. Pas une émission sur le cyclisme, pas un propos journalistique qui ne s'autorise pas à se "lamenter" sur le "fléau du dopage" alors que tout le monde sait qu'il n'y a plus une ménagère entre 30 et 50 ans qui ne possède son tiroir d'Alice aux Pays des Merveilles avec les produits pour maigrir, pour dormir, pour se réveiller, pour être en forme, pour ne pas être trop stressé, etc. Il convenait néanmoins de mettre un terme à cette course aux armements qui aurait fini par faire ressembler le Tour de France à un Grand Prix de Formule 1 avec changement de "preux" et de "prou" autorisés sur des personnages bioniques dont l'allongement de l'espérance de vie devenait inversement proportionnelle à l'intensité de la pratique sportive !

Et comme souvent en ces cas là il y eu, après maintes batailles de procédures, juridiques, maintes arguties de toutes sortes un instant T où le consensus se fit et où personne ne trouva rien à redire lors du renvoi à la maison de la grande majorité des gagnants désignés de la future édition du Tour 2006 avant même que celle-ci prenne son envol. La raison en était simple : une surveillance assidue de la crèmerie espagnole où une grande majorité de l'élite se servait avait démontré que celle-ci avait déjà mis au frais ses réserves pour la saison à venir ! Or les zones de ravitaillement officielles n'étaient pas encore ouvertes !

Qui ne s'est pas réjoui de ce coup de torchon salutaire dans la charcuterie où volaient tant de mouches ? D'autant plus que les festivités proposées désormais ressemblaient à nouveau à du spectacle sportif plutôt qu'à une partie de Bento !

Par contre les affaires n'étaient plus aussi florissantes pour un certain nombre de prétentieux qui avaient continué à confondre vitesse et pressurisation. Que de réputations mises à mal : des sprinters qui ne grimpaient plus, des grimpeurs qui ne dominaient plus contre la montre, des leaders rencontrant à nouveau des journées difficiles dont ils avaient du mal à se remettre… Finalement ce Tour allait désigner un vainqueur régulier, résistant, héroïque dans la souffrance, un aventurier n'hésitant pas à défier la logique cartésienne pour recueillir les fruits de son courage : un vrai champion à l'ancienne, une redécouverte de "la glorieuse incertitude du sport".

Tels étaient nos propos au soir de la Toussuire quand tout restait ouvert entre 4 ou 5 challengers en balance la veille de l'ascension de Joux Plane. Il y avait là Pereiro et son gros nougat qu'il avait su économiser depuis 3 jours, Sastre décidé à jouer son va tout en montagne, Kloden et ses troupes de choc hésitant sur la tactique à adopter, Menchov difficilement au niveau de ses lieutenants en cette dernière semaine, Evans seul contre tous et un Leipheimer réaliste donc pessimiste. Il parait aux dires de certaines indiscrétions que l'abattu du jour plaisantait quand même.

Le lendemain, tel le phénix renaissant de ses cendres, Landis leva ses guiboles et s'envola dans les Saisies. Un chef d'œuvre de rage et d'orgueil comme n'en ont que les vrais champions. Ocana, Pantani, Virenque ou Jalabert nous ont déjà montré ce que c'est que cet art du défi ultime voire gratuit quand il n'y a plus rien à faire que de prouver qu'on n'est pas un lâche et qu'on ne baisse pas la tête sous la domination de momentanément plus fort que soi ! Et tous ceux qui ont vu la scène l'ont dit ce jour là : c'est magnifique mais malheureusement il y a peu (pas) de chances pour qu'il puisse renverser totalement la situation aujourd'hui sur un tel parcours.

Et jusqu'au bas de la descente de la Colombière tout le monde était d'accord là-dessus. C'est ensuite que se produisit l'incroyable : contrairement à la logique physiologique Landis qui avait en effet perdu 2 minutes sur la mise en route des rouleurs Allemands et Danois parvint à monter Joux Plane aussi vite que les leaders qui s'étripaient six minutes derrière. Exploit incroyable mais, après tout, si l'on ne croit pas aux miracles en sport ce n'est pas la peine de faire passer le Tour de France par Lourdes et celui de Lombardie par le Ghisallo ! Il vaut mieux se concentrer sur les courses de home-trainers !

Désolant triomphe d'un pseudo réalisme "scientifique" ! On apprend aujourd'hui que notre sympathique Floyd, élevé dans des principes religieux rigides, compagnons d'armes d'un Armstrong qui développait lui aussi plus de puissance musculaire dans les derniers kilomètres d'Hautacam que dans les premiers, avait eu recours, à des poudres de Perlin Pinpin pour ne pas tomber en panne ! Décidemment c'est à se demander quand les sportifs vont trouver un produit qui aide à développer le cerveau avec les muscles. C'est une caricature que de présenter des champions incapables de faire une phrase, d'avoir une idée ! Idem pour les "idoles des jeunes", les "starlettes" ou les mannequins qui seraient aussi belles et bêtes ! En tout cas je trouve pathétique un comportement aussi stupide : un doublon avec le malheureux Pollentier trafiquant dans sa culotte pour trouver le bon tuyau et agitant les bras pour presser sur les poires ! Mon pauvre Floyd, tu t'es trompé de scène : la poire c'est toi et ton numéro de Gugusse ne fait rire personne aujourd'hui. Comme disait le capitaine Haddock aux deux Dupon(t)d dans "On a marché sur la Lune" : si le cirque Hipparque cherche des clowns tu peux aller présenter ta candidature !

Et vivement qu'on élimine ces gens du circuit sportif pour qu'on puisse à nouveau encourager les derniers qui s'épuisaient autrefois en soufflant "Pousses ! Pousses !" mais qui héritent aujourd'hui d'amendes et de pénalisations pour ne pas avoir souffert cent mètres de plus alors qu'avec une bonne "préparation biologique" on peut récupérer entre deux cols !

Dimanche 23 juillet 2006

20ème étape : Le défilé du 23 juillet  :

   Jadis, quand j'étais enfant, je ne manquais pas d'écouter chaque année à la radio le reportage du défilé militaire du 14 juillet sur les Champs Elysées.

J'imaginais les uniformes colorés que décrivaient les reporters, les armes, les véhicules. L'exotisme et le dépaysement dans lequel le récit des batailles où chacun de ces régiments s'était illustrée me plongeait dans un monde imaginaire et féérique bien éloigné évidemment dans mon esprit d'enfant de la tragique réalité des horreurs et de l'inhumanité de la guerre…

Aujourd'hui c'est un peu le même plaisir que j'ai éprouvé devant le défilé sur ces mêmes avenues des diverses troupes qui se sont illustrées durant ces trois dernières semaines sur les routes de ce Tour de France 2006. Et pour une fois je l'ai vécu sans arrières pensées amères, sans suspicions sur des informations et des propos mensongers dont on m'aurait nourri durant cette période. Je me prenais à rêver vraiment que ces combattants s'étaient affrontés jusqu'à l'extrême limite de leurs forces, au-delà même pour certains, dans le seul but de toucher au Graal, d'atteindre la gloire ultime d'une victoire historique, d'appartenir à la confrérie des Chevaliers de le France Ronde… Et je les ai tous admiré !

Qu'importe qu'Hushovd ai justement bouclé cette 93ème édition de la grande Boucle dont il avait ouvert le prologue avant de tomber sous la coupe d'une nouvelle sorcière verte ! Que McEwen n'ait pu résoudre la quadrature du Cercle Hexagonal et en soit resté à 3 bouquets piqués dans sa tunique verte ! Tous ceux qui ont fini méritent notre respect et notre admiration pour tout ce qu'ils ont enduré et qu'ils ne nous diront pas !

Quand je dis tous, je pense particulièrement à ceux dont on ne parle qu'à propos de la description de la tête du peloton lors des cents premiers kilomètres, de la cueillette des bidons en bouts de files des voitures suiveuses… Ceux dont la plupart des téléspectateurs ne sauront jamais qu'ils ont participé à ce Tour de France… C'est Jean-Claude Misac dans un documentaire magnifique sur le Tour 74 qui raconte que lors de l'étape contre la montre il était suivi par une voiture « de réserve » qui portait donc comme panneau sur sa calandre « réserve ». Les spectateurs sur son passage l'encourageaient en criant : « Allez Réserve !». « J'avais changé de nom » commente-t-il avec son humour un brin désenchanté.

C'est donc d'un autre héros de cette confrérie dont je dirais un mot ce soir : il s'appelle Anthony Charteau. Vous n'avez pas pu le rater : durant la première semaine il était toujours le vert qui roulait en tête du peloton quand Hushovd son leader était en course pour le maillot jaune et les victoires d'étapes. Le Béotien de service s'étonnait quand on annonçait qu'il avait été décroché du peloton à vingt kilomètres de l'arrivée mais Fignon avait donné la réponse : « On ne lui demande pas de finir avec le groupe de tête : on lui a dit avant le départ ce qu'on attendait de lui et il sait ce qu'il doit faire, il sait qu'il n'a pas à se réserver, à essayer de jouer sa carte personnelle. C'est la condition pour qu'il fasse le Tour et il essaie de le faire au mieux ». La deuxième semaine je n'ai pas eu beaucoup d'occasions d'en entendre parler mais la troisième, alors que le terrain se faisait de plus en plus exigeant j'ai noté qu'il était souvent le seul Crédit Agricole capable d'aller dans des échappées. Non seulement il n'avait pas abandonné en montagne mais il avait encore de l'énergie à dépenser pour son équipe. Et, hier encore, il était dans un groupe sorti du peloton sur les Champs à trente kilomètres de l'arrivée. Repris il a emmené Thor pour qu'il soit bien placé dans le sprint final qu'il allait gagner avant de se faire lâcher et de terminer dans les tout derniers de l'étape à plus d'une minute. Au classement général il a finit 114ème à 2 heures ? Et alors ? C'était son job, il l'a fait à la perfection et avec panache. J'espère qu'il sera là l'année prochaine.

2006 : Ce que dit le Poète à propos des maillots (A.Rimbaud)

A, jaune, E, vert, I, rouge, O, blanc, tuniques éternelles,

Je dirai quelques jours vos histoires universelles

A, jaune comme ces soleils de Juillet qu'un Van Gogh peindrait sur sa toile,

Un Landis étoilé n'avançant plus sur la pente, chrysalide d'une nuit s'envolant le jour venu de ses ailes asséchées qu'il arrosait sans cesse !

E, vert sur les prairies d'alpages, rêvant de ces bouquets sauvages, D'une ultime détente à retrouver une fois oubliés ces portiques colorés qui s'emmêlent aux nuages…

I, rouge, le corps tatoué par la fatalité infantile, ces tâches que l'on décompte par monts et par vaux jusqu'à la dernière ligne droite, ce sursaut qu'il faut encore avoir pour quelques points de plus. Trois pois en avant, six pois en arrière, pour pouvoir s'exhiber des pieds à la tête couverts de ces stigmates d'une maladie heureuse !

O, blanc : la page immaculée qu'une carrière écrira. Tous les espoirs permis qu'on rêve ou qu'on oubliera. La fougue sans le calcul que nous aimerions tant que l'âge n'enseigne pas !

Ô, suprême édition faîte d'imprévisible étrange,

Une belle épopée parmi les démons et les anges

L'Alpha et l'Oméga de nos Jeux !

Le maillot du jour :

No comment.

Post Scriptum :

J'ai pris beau de plaisir à rédiger ce billet quotidien. J'espère qu'il vous a aussi procuré de la distraction et de l'amusement. Je serais heureux de lire vos suggestions sur le forum ou par mail pour mieux vous satisfaire l'année prochaine !

Un petit bilan reste à venir demain ! Amicalement.

Jean-Louis




Samedi 22 juillet 2006


19ème étape : Fignon devant Jalabert pour 8 secondes !  :

  Ultime ligne droite pour nos commentateurs cyclistes aujourd'hui sur le parcours très accidenté entre Le Creusot et Montceau-les-Mines. Mais il n'y a pas eu de surprises : Fignon et Jalabert dominent nettement les débats malgré une équipe particulièrement faible ! Jean-René Godart est comme Ekimov bien trop âgé pour continuer à participer à une épreuve de ce niveau, sans doute doit-il comme lui à ses accointances avec Lance Armstrong d'avoir conservé sa place dans l'équipe cette année comme porteur de micro après l'arrivée. Par contre Henri Sanier a réalisé un Tour catastrophique : jamais dans le rythme, toujours à contretemps, en chasse-patate entre Fignon et Jalabert qui se répondaient du tac au tac… Heureusement que l'équipe d'Eurosport a été attentiste et n'a jamais vraiment tenté un démarrage car si ça avait été le cas je pense qu'il aurait perdu plus d'une minute au kilomètre. Mais si Fignon lui-même s'étonnait qu'ils n'aient rien essayé je pense que c'était dû à leur crainte de se mettre eux-mêmes dans le rouge et d'exploser : Virenque n'avait pas le niveau et Jacky Durand est un bon animateur mais qui manque de fond en montagne. L'équipe TV aurait pu créer la surprise mais, en l'absence d'Eric Boyer exclu pour participation au management d'une équipe professionnelle du Tour, Jean-François Bernard a fait le maximum sans pouvoir faire oublier son prédécesseur… Trop appliqué, trop scolaire...

Laurent Fignon a donc pu confirmer son emprise à l'occasion de cette ultime épreuve de vérité : il possède ce démarrage foudroyant qui cloue le journaliste qui le consulte sur place sans lui laisser la possibilité de se refaire alors que Jalabert est trop diplomate, n'osant pas froisser ces grands anciens qui lui ont donné sa chance.

De toute manière on retrouve bien la même patte chez Guimard, Fignon et, dans d'autres registres, Marc Madiot et Bernard Hinault qui ont été formé au même moule « Renault-Gitane » : ne pas avoir peur de dire ce qu'ils pensent même quand ils se trompent, ne pas craindre de défier, de contredire et de remettre à leurs places les champions installés quand ils font des erreurs grossières, etc. Si ce n'est pas une garantie de Tour passionnant devant son récepteur ça évite parfois de trop bouillir devant les inepties proférées avec aplomb par des gens qui seraient censés s'y connaître un minimum pour pouvoir tenir leur rôle d'informateur !

A part ça, dans la caravane sportive qui précède et annonce la prestation des commentateurs j'ai vraiment apprécié à nouveau aujourd'hui la justesse des performances de coureurs qui se montraient à leur niveau en fonction de leur état de forme après trois semaines de batailles intenses : Fothen est vraiment un très bel espoir mais on pouvait s'attendre à ce qu'il soit sur une pente déclinante en cette fin de Tour face à un Cunego qui a découvert au fil des jours qu'il n'y avait pas de Héros des Marvel Comics sur ce Tour et qu'il pouvait donc jouer sa chance sans craindre de sombrer dans le ridicule comme en Italie. Idem pour l'héroïque résistance de Pereiro justement épuisé au bout de vingt kilomètres en surrégime et battu sportivement par meilleur que lui sur le terrain aujourd'hui. Sastre a aussi fait ce qu'on pouvait attendre et Kloden ferait bien (comme nombre de ses coéquipiers) de changer d'équipe si la T.Mobile conserve toujours le même encadrement pour décider des choix stratégiques s'il veut avoir un palmarès à la hauteur de ses qualités. Car ceux qui doivent aujourd'hui se ronger les mains qu'ils ont maintes fois refusé de mettre en bas du guidon dans le bon timing ce sont les T.Mobile, souvent en position de force malgré le handicap « insurmontable » de partir à 7 sans leur leader et son lieutenant en montagne, coupables d'avoir égaillé leurs forces dans le Portillon pour se faire contrer dans le Plat de Beret, d'avoir ensuite regardé un après-midi entier s'envoler au-delà du sportivement raisonnable Pereiro et sa bande vers Montélimar (ce qui fait perdre la deuxième place à Kloden) et de n'avoir rien tenté dans l'étape de La Toussuire alors que Landis ne semblait vraiment pas au mieux (au moins depuis le pied du Glandon) et que Sastre en tentant le Diable à 10 km de l'arrivée lui à fait perdre 10 minutes… qui auraient pu être définitivement plombées s'ils avaient lancé la course 30 km plus tôt alors qu'il ne restait que 3 ascensions sèches sans vallées et qu'ils étaient à 5 frais comme les roses dans le groupe de tête ! Et Kloden aurait eu de grandes chances d'être ce soir le futur vainqueur du Tour ! Pas sûr évidemment : mais qui ne tente rien n'a rien comme peuvent le dire si justement Landis et Pereiro ce soir !

1947 : Mais qu'y avait-il sur les maillots jaunes offerts à l'arrivée du Tour ?

Quand on regarde les vieilles photos des Tour de France d'avant-guerre on est frappé de s'apercevoir que lors du tour d'honneur dans le Parc des Princes les vainqueurs portent un maillot jaune décoré sur la poitrine d'un dessin qui semble reprendre la forme de la France dans un rond avec un drapeau.

A partir de 1948 et de l'adoption du maillot jaune aux initiales HD sur le cœur on ne revoit pas ce genre de maillot lors de la dernière remise… sauf en 47 avec Robic qui semble enfiler un maillot qui n'est pas uniformément jaune lors de la cérémonie protocolaire.

Là encore c'est un sujet qui nous a longtemps mobilisé dans un débat contradictoire avec mes camarades mais après maintes observations et visionnages on peut dire que le maillot offert à l'arrivée du Tour était jusqu'en 48 (et donc 47 compris) un maillot jaune col et parement tricolores, orné sur la poitrine des contours dessiné d'une carte de France dans un rond avec le drapeau national du vainqueur en son centre.

Le maillot du jour :

C'est celui qui était prévu pour hier mais que je n'avais pas eu le temps de terminer : le Quick Step !




Vendredi 21 juillet 2006


18ème étape : "Break ! Break !"  :

   Il y a des jours comme ça où on se dit qu'il ne fait pas bon être coureurs cyclistes professionnels sur le Tour de France et être obligé de faire 197 km en vélo, sous une chaleur toujours aussi caniculaire, à une vitesse pas franchement propice à la récupération, alors que tout le monde ne parle que de l'étape de la veille ou de celle du lendemain !

Bien sûr qu'on se souviendra du vainqueur de l'étape Morzine-Macon du Tour 2006 puisqu'il rentrera dans les statistiques des « vainqueurs d'étape du Tour ». Mais, à part que ça va faire plaisir à ses coéquipiers, son encadrement et ses sponsors dont on imagine bien les grimaces si l'équipe était rentrée à la maison aussi bredouille que la Française des Jeux, les Euskaltel ou les Liquigas après avoir présenté sa phalange « spécial Grands Tours » avec le Champion du Monde, le meilleur sprinter, le meilleur grimpeur et la meilleure équipe du ProTour ! Il y aura eu au moins une fois où son représentant aura franchi la ligne plus Quick que Step !

Donc 14 malades de la tête se sont mis à rêver qu'ils pouvaient encore gagner une étape du Tour et se seront vidés les tripes de leurs dernières forces à la veille d'une virée solitaire de 57 km où ils devront éviter de se faire éliminer (ça leurs ferait mal ailleurs !) pendant que tous les autres se fatiguaient aussi huit minutes derrière.

Et demain ? Wait and See !

2002 : Record exotique

Dans « la Ronde des Maillots » sur le Tour de France il est un registre exotique très prisé c'est celui des casaques de champions nationaux.

Depuis de nombreuses années l'UCI a fixé au week-end précédent le départ du Tour la date réservée pour les championnats nationaux. Le Tour de France est donc souvent le décor dans lequel les nouveaux détenteurs inaugurent et exhibent leur récent trophée, au risque de lui faire subir l'humiliation d'un abandon ou, pire, d'une élimination !

En général les éditions du tour sont l'occasion d'admirer quatre à cinq maillots de champions (on était cette année avec quatre dans la moyenne basse après le retrait d'Astana et de son champion du Kazakhstan).

Par contre l'édition 2002 établie un record avec pas moins de huit maillots de champions sur les 200 partants : celui d'Allemagne (Hondo) ; d'Australie (McEwen) ; de Belgique (Steels) ; de France (Vogondy) ; du Danemark (Sandstoed) ; du Monde (Freire) et, plus exotique, de Lettonie (Belohvoscik) et d'Estonie (Kirsipuu). Mais on a aussi vu sur le Tour des champions des Etats-Unis, d'Autriche, de Colombie, du Portugal, de Grande-Bretagne, de Slovaquie, du Kazakhstan et cette année de Suède ! Mais avec désormais une cinquantaine de championnats nationaux on a de la marge : à quand un (re)Tour aux équipes de champions nationaux ?

Le maillot du jour :

Lovqvist champion de Suède 2006 !




Jeudi 20 juillet 2006


17ème étape : Et tout à coup la Folie Les Saisies !  :

   Cette fois c'est certain : on assiste cette année au plus beau Tour de France que l'on ait vu depuis… depuis ? Je ne me rappelle pas d'une édition de ce niveau depuis que je m'intéresse au Tour. Et je ne pense pas exagérer car Jean-Paul Olivier, qui en connaît quand même plus d'un rayon sur l'histoire du Tour et du cyclisme en général, semblait être dans la même sidération admirative cet après-midi devant ces nouveaux renversements de situation.

Peut-être y a-t-il eut avant guerre des éditions présentant de tels bouleversements et un tel maintien du suspens mais il est certain que le crû 2006 est absolument exceptionnel. Ce qui fait sa qualité ce n'est d'ailleurs pas tant le maintien d'un suspens jusqu'à l'ultime étape, ni même d'ailleurs de possibles bouleversements (Fignon est bien placé pour se rappeler que nous avons déjà connu ça il n'y a pas si longtemps). Non : ce qui fait la qualité de cette édition c'est l'intensité et la qualité des batailles, et des exploits individuels dont elles s'accompagnent ! Qui aurait parié un kopek avant-hier soir à l'Alpes d'Huez sur Oscar Pereiro ? Hier après-midi dans la descente du Mollard sur Carlos Sastre ? Hier soir à la Toussuire sur Floyd Landis ? Et ces trois champions, ce soir sur le podium, ont fait montre depuis vingt-quatre heures de courage, d'abnégation, de témérité et d'une Foi en leurs qualités qui a déplacé les montagnes !

Il me semble que tous ceux qui ont un minimum de connaissance du sport le répètent depuis dix ans aux mammifères bovins qui croient tout ce que l'on raconte à la télévision : quel que soit les critiques et les reproches que l'on peut faire à juste titre aux coureurs qui se sont laissés abuser par les miroirs aux alouettes des « préparateurs biologiques » de tous acabits ces types sont d'authentiques champions. Et ce qu'ils montrent depuis 20 jours sur les routes de ce Tour particulier à plus d'un titre nous le prouvent sans cesse.

Ce soir je veux m'associer à l'hommage unanime adressé à Floyd Landis, que je n'appréciais guère jusque là pour son manque de panache : humilié hier dans son honneur et son image il a aujourd'hui répondu avec fierté en se lançant dans un défi irréaliste dont tout le monde prédisait l'échec à l'instar de la réaction d'un Pantani il y a quelques années sur ces mêmes routes. Et lui l'a mené jusqu'au bout, ne perdant quasiment rien dans la dernière ascension de Joux Plane (un col qui porte bien mal son nom tellement il est raide !) sur des adversaires s'étripant pourtant à qui mieux-mieux sur ces pentes surchauffées dans l'avant dernière bataille décisive pour le podium et la victoire finale ! Landis n'est pas Merckx mais sa course aujourd'hui m'évoquait l'immense champion Belge dans son raid vers Mourenx ou, encore, sa réaction au lendemain du coup de force d'Ocana l'humiliant sur la route d'Orcières Merlette quand il roula tellement vite vers Marseille qu'aucun officiel de la ville n'était encore présent dans les gradins lors de son franchissement de la ligne d'arrivée avec une heure d'avance sur l'horaire annoncé !

Et Sastre, Kloden, Menchov, Moreau, Cunego, Evans ne sont pas des coureurs d'opérettes. Le courage et la résistance d'un Pereiro ou d'un Dessel sont une ode à ceux qui savent saisir leur chance ! Le travail des Boogerd, Rasmussen, Schleck, Sinkewitz, Guerini, Voigt, Hontchar, Vandevelde était aujourd'hui totalement juste ! Que demander de plus ?

Je ne sais vraiment pas qui va gagner ce Tour (peut-être bien Landis ?) mais ce ne sera en aucun cas un vainqueur « au rabais » d'un « Tour de transition ». J'espère au contraire qu'il restera dans l'histoire du Tour comme la juste victoire d'un renouveau d'un cyclisme à rendement humain, où les efforts et la témérité, le goût du risque et du défi trouvent enfin leurs justes récompenses !

1981 : On ne fume plus s.v.p.

En cette soirée de retour aux sources d'un cyclisme à visage humain je voudrais rendre hommage aux temps héroïques où faire du sport et même de la compétition n'était pas synonyme de vie monacale, aux temps où les maillots des coureurs professionnels exhibaient fièrement les noms de leurs sponsors alcoolisés, l'apéritif St Raphaël, les vins Margnat, les bières Pelforth. Comme je souris à la vue de ces cartes publicitaires où nos champions se versent un verre de ces boissons en affirmant que c'est bon pour leur santé et pour leur forme ! Sûr que nos tenants actuels d'un cyclisme « plus blanc que blanc » les lapideraient sans autre forme de procès pour pollution de notre « saine » jeunesse !

En tout cas ce sont à nos lois anti-tabac que l'on doit l'interdiction sur le Tour 81 du maillot de l'équipe belge « Boule d'Or » (qui faisait de magnifique pub aux versos des revues de cyclisme de ces années là !).

Le maillot reste identique à celui de la saison (blanc, bande verticale rouge avec un rond or) mais la compagnie d'aviation Sunair et la revue sportive Sport 80 remplace le nom de la marque de cigarettes. En 82 c'est toujours Sunair qui s'y colle mais en 83 le nom de la marque apparaît soudain : certainement une marque qui produisait « aussi » des briquets !

Le maillot du jour :

On ne les a peut-être pas vu autant qu'on l'avait imaginé mais même sans Mayo les Euskaltel montrent avec Zubeldia, Camano ou Isasi qu'ils sont au niveau !




Mercredi 19 juillet 2006


16ème étape : C'était Toussuireland en technicolor  :

   Il m'est arrivé une drôle d'aventure cet après-midi : nous étions dans l'ascension finale et j'étais démoralisé par la conclusion désormais prévisible d'une étape dont le parcours était pourtant propice à tous les renversements ! Je m'étais régalé en voyant les velléités stratégiques du départ dans l'ascension du Lauteret avant d'être déçu par la conclusion du Galibier ; le Glandon, dont le Tour 88 a prouvé qu'il était par ce versant un des cols les plus sélectifs et les plus difficiles à négocier, avait confirmé sa réputation et mis en évidence le potentiel pour le moins énigmatique de Superman 2 sans que rien ne se passe et, depuis le Mollard, les T.Mobile nous refaisaient une « Ullrich » emmenant le maillot jaune esseulé dans un fauteuil jusqu'à l'arrivée. Vu la canicule j'ai décidé d'aller prendre un rafraichissement en ruminant sur une épitaphe funèbre pour mon article sur cette étape décevante. Et, le temps d'ouvrir et de fermer le réfrigérateur, quand je suis revenu, Sastre était parti et Landis pédalait à côté de son vélo !

Les sept derniers kilomètres de cette étape dont le tracé était vraiment un modèle de parcours pour combattants n'étaient pas sans me rappeler un autre final tout aussi renversé et renversant : la montée sur Pra-Loup du Tour 75 où Merckx avait écœuré tous les pronostics de batailles en lâchant un Thévenet désormais découragé au sommet de Vars en un seul sprint avant de tomber imprévisiblement en panne dans la dernière ascension, de finir à l'agonie, passé par tous ses poursuivant et de céder définitivement son maillot après 5 éditions de domination sans partage !

C'est donc une étape sur laquelle il n'y a rien à dire si ce n'est regarder encore et encore ces ultimes kilomètres d'ascension vers la Toussuire et ce feu d'artifice digne d'un 14 juillet sur les Champs Elysées ! Des images qui nous réconcilient avec le cyclisme à visage humain, ces limites atteintes par tous les protagonistes et dépassées aussi par chacun d'eux jusqu'à l'extrême de leurs forces. Elles confirment ce que chacun de nous se disaient depuis deux mois : les histoires de « bluff » ne convainquent plus personne quand on nous dit que Landis va préparer le Tour en se testant sur le Dauphiné et qu'il se retrouve soudain incapable de suivre les autres dans le Ventoux au lendemain d'un super chrono en affirmant que c'était prévu, quand il fonctionne comme Mayo un jour sur sa jambe valide complètement au dessus des autres, le lendemain sur sa jambe de bois à la remorque des autres « parce qu'il ne veut pas prendre le maillot avant Paris » ! Et bien on est rassuré : il a bien 2 jambes comme tout le monde et elles étaient tout à coup en bois toutes les deux aujourd'hui comme ça peut arriver à tous les coureurs qui se battent. C'est arrivé aux plus grands : Anquetil dans l'Envalira en 64, Merckx à Pra Loup en 75, Hinault dans le Dauphiné en 84, Fignon sur les Champs Elysées en 89, etc. Même Indurain a connu ça en 96 au lendemain de l'arrivée de la Génération Gewiss qui programmait à l'avance le nom des vainqueurs… Il n'y a que Lance Armstrong qui n'a jamais été abattu que par la maladie.

Ce sont donc bien les plus méritants et les plus vaillants qui vont encore en découdre demain (attention aux retours de bâton le lendemain d'une telle étape) et samedi contre la montre. Le vainqueur 2006 sera en tout cas, c'est désormais certain, un vainqueur inattendu (puisque le dernier « favori » est tombé de son nuage aujourd'hui) mais il aura mérité sa victoire et peut-être même qu'elle lui rendra justice d'années d'efforts volées.

On rediscutera un autre jour des lacunes incroyables qu'affichent désormais les coureurs et leurs directeurs sportifs formés dans ce cyclisme là en matière de stratégies et de tactiques.

Juste deux remarques : le coup des trente minutes accordées « volontairement et sans risques » à Perreiro à Montélimar il n'y a pas que les Phonak qui doivent s'en mordre les doigts ce soir et Rujano la « perle des grimpeurs » recruté à prix d'or par Quick Step comme leader sur ce Tour sans la moindre considération pour son Giro et son précédent employeur a terminé dernier de cette étape 3 minutes derrière le dernier gruppetto.

1969 : la pénurie de maillots réussit plutôt bien aux Frimatic sur le Puy de Dôme.

Du temps de la fourniture des maillots par l'organisation la gestion artisanale de l'intendance provoquait parfois des situations cocasses. Ainsi lors de l'étape du Puy de Dôme à la fin du Tour 69 c'est la lanterne rouge du classement général Matignon qui s'était lancé dès le matin dans un long raid qui l'amènerait jusqu'au sommet sans être repris par les meilleurs et lui permettrait de gagner l'étape. Il exhibait don son beau maillot Frimatic-Viva-De Gribaldy officiel du TdF sur les pentes suivi à quelques minutes des meilleurs grimpeurs emmenés par son coéquipier Gutty… portant un maillot différent (Frimatic-Viva inscrit sur le bleu de la poitrine et De Gribaldy sur la bande blanche à l'inverse du maillot de Matignon). Il portait en effet ce jour là le maillot habituel de l'équipe le restant de l'année (avec les deux liserés noirs en bordure de la bande blanche). Pour quelle raison ? Pénurie de maillot « officiel » présentable en fin d'épreuve du aux chutes, une panne de lessive ?

Le maillot du jour :

Allez : cette fois les petits jeunes de Marc Madiot ont montré le maillot devant. Sandy Casar n'avait peut-être pas les jambes pour aller jusqu'au bout mais il valait mieux se montrer dans un petit groupe d'attaquants sur ces cols mythiques que d'attendre la fin du Tour en queue de peloton !




Mardi 18 juillet 2006


15ème étape : Les Saints vont en Enfer, les Américains aux toilettes  :

   Hier soir je m'interrogeais sur les prières que devaient adresser un maximum de coureurs au pied de leurs lits à la veille de cette première confrontation alpestre. La journée que nous venons de vivre semble confirmer que cette année la meilleure tactique à employer pour réussir son Tour de France soit en effet de confier son destin à la prière plutôt qu'à des observations sur l'état de forme de chacun ou à la lecture des classements.

Avant même que la vallée du Guil ne soit franchie ce ne sont pas moins de cinq ou six de nos pénitents présumés qui se retrouvaient « miraculeusement » projetés trois minutes devant le peloton. Un viatique qu'ils conserveraient encore par devers eux au pied de l'Alpes d'Huez : il y avait là Cunego, Hincapie, Garzelli, Zabriskie, Chavanel et même notre chasseur de moulins écoutant sonner le délicieux bruit des pois sonnant et trébuchant dans son petit cochon de plâtre ! Et qui aurait imaginé qu'il soit encore dans le jeu au sommet de l'Alpes dans la roue de son leader Simoni qui avait eu la fierté de ne jamais baisser la tête de la journée.

Admirables Italiens élevés dans l'adoration de Coppi, de Bartali et de la Madone del Ghisalo : Garzelli se faisant un honneur d'escalader seul en tête l'Izoard après avoir lâché ses compagnons dans un style aérien, Cunego, pas chanceux cette année, faisant de même dans l'ascension finale pour se faire coiffer à la régulière par l'aîné des Schleck bien remis, lui, de sa chute intervenue deux semaines avant le départ du Tour. En voilà un qui aurait du être une carte joker dans le jeu de la CSC cette année.

Les volontés de la miséricorde divine n'en sont pas moins impénétrables et Hincapie en fit les frais, lâché comme prévu par Saint Lary dans la dernière ascension ! Mais que dire de Rujano, à qui on ferait bien à la Quick Step d'apprendre les bases du cyclisme avant d'attendre de lui des récoltes de lauriers ! Après avoir crié sur tous les toits qu'il allait gagner l'étape de l'Alpes ce n'était déjà pas bien malin quand on a sept coéquipiers de laisser partir une échappée de 25 coureurs sans se faire ramener dedans. Vouloir les rejoindre dans l'Izoard en pensant que le peloton les laisse définitivement partir est une option plausible (bien que risquée avec la longue montée du Lautaret entre les 2 ascensions difficiles)… mais le faire en démarrant seul sur un faux plat cinq kilomètres avant le début des forts pourcentages tient soit de l'illettrisme (les profils sont dans le road book), soit d'une méconnaissance totale du sport cycliste. Ca n'a d'ailleurs pas trainé : après avoir repris deux minutes il a plafonné, s'est fait rejoindre par le groupe de contre-attaquant avant de se faire lâcher tout seul dans le Lautaret une fois que le peloton les eu repris.

Dans notre distribution de lauriers je ne manquerais pas de citer un héroïque Cyril Dessel et des ag2r décidemment amplement au niveau dans ce Tour malgré les limites confirmées d'un Moreau toujours courageux. Chavanel était bien présent lui aussi à sa place… sauf qu'il est décidément trop Français avec cette façon de se satisfaire de n'avoir perdu « que » trois minutes sur les meilleurs dans l'Alpes d'Huez !

Et enfin, évidemment, un carton malheureusement jaune (il aurait vraiment mérité le rouge) à Landis, l'Américain prenant la Casse Déserte pour une colonne Morris ; Kloden pour Ullrich et lui pour Armstrong dans son refus de relayer, sa suffisance à laisser les « autres » faire la course avec pour unique objectif de récolter le fruit de leurs efforts à la fin et d'emporter le magot à n'importe quel prix ! Et si Garzelli n'avait pas fait le sprint il n'aurait eu aucun scrupule à rafler les secondes de bonifications sous le nez pincé de Kloden moyennant un premier effort de la journée !

Espérons que demain sera un autre jour et que le doigt divin désignera le plus méritant !

1947 : Les routes du Galibier

Demain matin les coureurs quitteront Bourg d'Oisans par la route empruntée aujourd'hui en sens inverse jusqu'au Lautaret afin d'aller franchir le col du Galibier, un des hauts lieux mythique du Tour de France.

Portant quand on lit les récits des Tours d'avant guerre on comprend que cette ascension du Galibier par son versant sud était très difficile sur une petite route très étroite et escarpée. Aujourd'hui cette courte ascension n'est certes pas facile mais on ne voit pas de quoi il est question dans les récits héroïques car on a l'impression de monter à partir du Lautaret sur une route large avec des virages très ouverts et une pente régulière.

Il y a une très bonne raison à cette différence : en 1947 à l'occasion de la construction des tunnels paravalanches à l'approche du sommet du Lautaret, côté Briançon, l'ancienne route du Galibier qui bifurquait à gauche deux kilomètres après le sommet du col (à la hauteur du premier tunnel paravalanche) a été fermée et abandonnée.

Lors du passage de la course aujourd'hui à ce niveau j'ai regardé sur les plans d'hélicoptères si on distinguait des vestiges de ce tracé mais tout semble avoir été recouvert par les travaux.

C'est désormais une toute nouvelle route qu'on emprunte depuis les bâtiments au sommet du Lautaret. Ce tracé ne rejoint jamais l'ancien qui depuis plus d'un demi siècle disparaît, lui, progressivement dans le paysage. Pourtant un œil averti peut le deviner quand il regarde sur la gauche depuis les lacets qui montent après le monument à Henri Desgrange au dessus du tunnel… et c'est en effet un tracé tortueux « à l'ancienne ». De plus les chiffres parlent d'eux-mêmes : sur la carte Michelin de 1947 on voit que l'ancien tracé faisait 6 kilomètres en partant depuis une altitude de 1970 mètres : 586 mètres de dénivellation en 6 kilomètres cela fait une pente moyenne de 9,76 % alors que les 7 kilomètres qui mènent aujourd'hui au tunnel en partant de 2058 mètres donnent une pente de 7,11 %. Tous ceux qui font du vélo comprendront qu'il n'y a pas photo : l'ascension du versant sud aujourd'hui n'a plus rien à voir avec celle que faisaient les forçats de Desgranges du temps des routes empierrées !

Ceux que ça intéressent peuvent d'ailleurs regarder l'article illustré sur le thème « les mystères du Galibier » qui se trouve dans les dossiers du site.

Le maillot du jour :

Forza Damiano !




Lundi 17 juillet 2006


Repos : Les admis en 3ème semaine  :

   C'est une évidence : le Tour a changé de visages. Je ne veux pas disserter par là une nouvelle fois sur l'absence des favoris dont le duel programmé a fait durant six mois la une de tous les mensuels de cyclisme. Non : je veux parler des têtes et des regards que l'on déchiffre désormais dans le peloton.

En première semaine il ne s'agissait que de sourires, plaisanteries, projets et espoirs les plus fous… Et puis, à partir de jeudi, nous avons vu s'exprimer dans le regard de ces jeunes hommes une stupeur, un abattement faits, à la fois, d'épuisement, d'incompréhension et de craintes du jour même ! A croire qu'ils s'étaient pris les jambes dans le Portillon, mais même pas ! Non : c'est l'accumulation des obstacles, des kilomètres et de la chaleur qui a mené chacun au-delà de ses limites à devoir guetter le moment où elles se dévoileront d'elles-mêmes !

Aujourd'hui je doute que la journée de repos à Gap suffise pour permettre à l'ensemble des concurrents admis à repartir demain en dernière semaine de récupérer suffisamment de forces et de moral pour atteindre Morzine et sa fraîcheur nocturne !

Comment imaginer qu'un Simoni vainqueur et protagoniste majeur de toutes les dernières éditions du Tour d'Italie se retrouve demain matin à l'attaque sur les pentes de l'Izoard qu'il a déjà maintes fois dominé ? Je doute même qu'il en atteigne le sommet ! Bien sûr son ex élève Damiano Cunego a encore terminé vingt minutes devant lui hier mais depuis une semaine il s'est amplement prouvé que la volonté ne suffit pas : il aurait voulu mais il ne peut plus ! Peut-être laissera-t-il filer les combattants durant deux jours pour tenter un ultime banco du côté de Morzine ? Là non plus rien n'est moins sûr. Que dire du Vénézuélien Rujano qui a programmé de l'emporter à l'Alpes d'Huez ? Qu'il a intérêt déjà à franchir le Lautaret moins d'un quart d'heure derrière les meilleurs s'il veut avoir une chance de voir se réaliser un miracle ! Mon chouchou de la Fuente doit passer, lui aussi, sa journée en prières car si je ne doute pas qu'il porte sa croix toute la journée de mardi il n'a strictement aucune chance malgré cela de porter ses pois le soir venu ! Hincapie ne me semble guère mieux loti : il peut prier Saint Lary, c'est l'Alpe d'Huez qui sera Soulan cette année !

Et nos Français qui allaient enfin faire voir à ces étrangers qui ont recours à des méthodes prohibées qu'ils valent aussi bien qu'eux ? Et bien si on ne peut que louer et admirer la vaillance enfin récompensée de nos attaquants, les Calzati, Dessel, Fedrigo ou même Voeckler ou Da Cruz que dire de ceux qui attendaient la montagne, le 14 juillet, l'amélioration de leurs blessures pour montrer de quoi ils étaient capables ? Qu'on leurs souhaitent d'arriver à Morzine ? Pas sûr que ce soit la meilleure chose à faire !

1985 : Peloton « Spécial TdF »

Du fait de l'importance croissante prise par le Tour de France dans les années 70/80 tant au niveau médiatique qu'économique on vit proliférer progressivement des sponsors additionnels dont les logos venaient ponctuellement orner les maillots habituels pour la durée de la Grande Boucle. Certains mêmes modifiaient carrément le graphisme et le dessin du maillot au point que le peloton du Tour de France devint dans les années 80/90 une sorte d'objet roulant difficilement identifiable tellement la multiplication des maillots particuliers l'éloignait du peloton annuel. Peut-être bien que le summum fut atteint en 1985 !

Cette année là le peloton du Tour se composait de :
- cinq maillots de leader : jaune (général), vert (points), blanc (jeune), à pois (montagne), rouge (sprint) et patchwork (combiné)
- un Champion du Monde et un Champion de Belgique
- l'équipe colombienne Pilas Varta sponsorisée pour les courses européennes par le Café de Colombie
- l'équipe Orbéa cédait la place à Seat (maillot totalement différent)
- l'équipe Reynolds cédait le sponsoring principal aux batteries TS (nouveau look du maillot)
- l'équipe Dries-Verandalux cédait le sien à Nissan (idem)
- l'équipe Zor s'adjoignait le sponsoring de Novotel (ajout de l'inscription sur le maillot)
- idem pour Hitachi et Santini qui faisaient valser les sponsors additionnels sur leurs maillots
- le Lotto belge « effaçait » pour le Tour son inscription pour s'exhiber avec un maillot vierge d'inscription !
- le Fagor ayant modifié le graphisme de son lettrage il ne restait guère que Carrera, Kwantum, La Vie Claire, Panasonic, Peugeot, La Redoute, Renault, Skil et Tonissteiner pour partir avec leurs maillots habituels !

Le maillot du jour :

Pereiro portera demain le maillot jaune, Brard montre son maillot de champion de France : les Caisses d'Epargne malgré l'abandon prématuré de Valverde se seront montrés dignes de leur magnifique maillot.




Dimanche 16 juillet 2006


14ème étape : Et la sorcière parut  :

   Ils étaient six gais compagnons qui avaient fait le projet ce matin de rallier Gap avant tous les autres. L'affaire n'avait pas été facile à entreprendre : l'action violente de plusieurs démarrages avait été annulée, un compagnon des premiers instants avaient du renoncer, toutes ses réserves déjà épuisées après un quart d'heure de bataille alors que les deux petits derniers avaient transpirés toutes leurs eaux plus d'une demi-heure entre aventuriers et peloton avant d'accrocher à bout de forces la dernière roue du carrosse au sommet d'une ultime difficulté.

Mais depuis lors c'était « roulez jeunesse » ! On sentait bien que les menaces et les grands gestes des Pieds Rapides comme le coup de gaz liquéfié par la chaleur des verts crus ne mèneraient à Gap qu'en deuxième ligne : tous ces matamores étaient cuits et les petits farfadets iraient au bout ! Et pourtant…

Que n'ont-ils pas lus les contes et légendes des grands Anciens : les frères Pellos et Dero ! Décidemment les traditions se perdent et à vouloir ne pas effrayer les enfants, leurs éviter des traumatismes, édulcorer les contes de Grimm pour en faire des histoires à dormir dans un fauteuil de Walt Dysney on obtient l'effet inverse de celui recherché. La baisse de la vigilance des coureurs d'aujourd'hui éduqués aux ersatz des légendes par une génération de champions venue d'outre Atlantique les laisse démunis quand ils entrent dans ces contrées sombres, un monde où ne survivent que des sorcières et des géants aux intentions malveillantes… Au détour d'un virage au tracé trompeur les derniers de la file, ces petits qui avaient eu tant de mal à rentrer et se réjouissaient de faire enfin partie de « la bonne échappée », n'aperçurent pas la sorcière aux doigts crochus qui les précipita, eux qui n'avaient déjà plus que le sang et les os, par-dessus la barrière dans le fossé où ils perdirent les deux ! Même le toujours débonnaire Kessler qui montait l'arrière garde ne put éviter le soleil noir au dessus de sa monture et s'il repartit ensuite, tel le survivant d'un cauchemar, la frayeur lui avait totalement fait perdre les pédales !

Et, dès cet instant la course, guillerette jusque là, devint ce qu'elle va rester durant toute cette traversée terrible des contrées alpestres : une progression terriblement épuisante en terrain adverse ! Désormais la crainte et la tension seront permanentes sur ces terres où les pièges surgissent n'importe où, sans aucun avertissement ! Avez-vous vu le minuscule Rujano dompteur des Dolomites avalé par un faux plat au pied de la Sentinelle ? Chavanel jeté au sol alors qu'il cherchait à prendre son envol ? Rasmussen perdre cent mètres au sommet qui se transformèrent en minutes dans la descente ? Don Quichotte s'informer par la radio du lieu où il se retrouvait seul pour avoir souhaité ne pas perdre de pois ? Même Garzelli qui s'imaginait fêter dignement son anniversaire échoua pour la médaille en chocolat !

Combien ils méritent cette dernière journée de repos avant de s'engager dans une nouvelle traversée de ces lieux légendaires : Brunisard et sa ligne droite qui justifie à elle seule le concept mathématique de l'infini ; la Case Déserte qu'on descend avant qu'elle ne vous remonte en Enfer ; le Lautaret qui n'est pas un vrai col mais où le vent semble vous avoir définitivement accrochée à Briançon par une laisse élastique ; l'Alpes d'Huez et ses virages dont vous vous répétez compulsivement le dernier numéro en attendant de lire le suivant que masque les spectateurs sadiques ; le Galibier enfin qui rouvre son tunnel quand vous êtres à bout d'effort alors que les organisateurs le ferment pour vous forcer à monter 100 mètres plus haut par quatre rampes assassines !

Mardi nous pénétrerons dans le Saint des Saints !

1976 : Poupou économise sur les Adidas pour se payer une Mercedes

Raymond Poulidor qui était un très grand champion avait hérité de la réputation d'être plutôt près de ses sous. On attribuait ce trait à ses origines modestes et au fait qu'il savait ce que la pauvreté voulait dire. En tout cas tout le monde s'amusait de le voir courir les primes et refuser de changer sa vieille Mercedes tant qu'elle n'avait pas rendue l'âme !

Dans le droit fil de ces anecdotes on peut noter qu'à l'orée de la saison 1975 l'équipe Gan changea d'équipementier pour passer du Coq Sportif à Adidas qui affichait fièrement ses trois bandes blanches sur les épaules bleues des maillots Gan… sauf sur celui de Raymond Poulidor ! Celui-ci en effet avait un contrat personnel avec l'équipementier précédent et n'accepta pas d'en perdre le bénéfice pour se soumettre à la règle générale. Cela nous vaut de nombreuses photos de Poulidor sur le Tour en 75 et 76 où il est avec des coéquipiers mais où il porte un maillot différent qui se distingue par des épaules bleues où les 3 bandes sont absentes !

Le maillot du jour :

La Vie est un long Fleuve Tranquille : vendredi c'est ravioli ; dimanche c'est « victoire française/ maillot français » !




Samedi 15 juillet 2006


13ème étape : Remise d'un nouvel Oscar  :

   Je n'avais pas le choix : j'étais ce samedi retenu à 20 km de Montélimar par une de ces très conviviales réjouissances familiales à l'occasion desquelles des nourritures et boissons diverses et variées remplacent avantageusement le spectacle de votre écran. J'avais juste jeté un œil avant les cacahuètes pour m'apercevoir qu'il s'agirait en effet pour les coureurs aussi d'un nouvel après-midi provençal torride à travers le Gard et l'Ardèche avant de venir admirer la fraîcheur de Vallon Pont d'Arc ! Cinq courageux avaient déjà pris le large et, avec Voigt et 16 minutes d'avance, l'affaire était pliée. C'est au moment du nougat glacé que mon voisin de table me demanda si je voulais des nouvelles du Tour pour m'informer « Qu'il avait perdu le maillot et que c'était désormais un certain Pereiro qui l'avait acquis, l'échappé ayant pris une demi heure au peloton ».

Hier vous n'aviez pas été sans remarquer comme moi l'attitude peu agressive d'Oscar Freire pour s'opposer aux démarrages successifs de l'Ukrainien Popovich avant de laisser Ballan prendre la seconde place. Après tout il était possible d'imaginer que cette bienveillance envers des adversaires jusque là peu favorisés pourrait valoir au Rabobank dans les jours à venir une certaine réciprocité dans l'attitude de leurs équipes en cas de bataille de tranchées entre Menchov et Landis.

Eh bien il semble que nous ayons assisté aujourd'hui à un coup défensif stratégiquement intelligent dans la partie d'échec qui oppose les prétendants au trône avec le bon de sortie accordé par la Phonak à sa caisse d'épargne ! Un autre Oscar (élevé ces dernières années en son sein) dont le rapproché fut encore plus efficace que celui de l'outsider de la veille. Voilà désormais Pereiro en jaune et les « noir et rouge » alliés objectifs et certainement beaucoup plus efficients que la légion étrangère de Landis pour rouler à la poursuite des Rabobank durant les jours à venir dans les Alpes !

Cette inattendue partie d'influences et d'alliances aura néanmoins permis à deux outsiders définitivement éliminés à la sortie du Portillon de revenir prendre place dans la liste des « possibles » pour le podium. Pas sûr que certains des ironiques spectateurs des efforts médiums des blanc, vert et jaune depuis deux jours (voire tous !) ne s'en mordent pas les doigts dans une semaine ! Et sans doute pouvons-nous nous attendre dans les 3 jours à venir à de nouveaux renversements de situations !

1980 : Le Tour est sympa avec ses amis !

En ces fins d'années 70 la récession économique frappe aussi le sport et le cyclisme. Fin 78 Jobo et Lejeune cessent de sponsoriser des équipes cyclistes et ce sont de très nombreux coureurs Français qui se retrouvent, à l'orée de la saison 79, sans emploi. Devant cette situation qui met en péril la représentation française lors de la prochaine grande boucle la Société du Tour de France se mobilise pour mettre sur pied une équipe rassemblant ces chômeurs en attente d'un nouveau contrat. Ce sera l'équipe des « Amis du Tour de France » qui peuvent ainsi participer à un certain nombre d'épreuves organisées par les journaux de la société. La situation ne s'étant pas améliorée l'année suivante l'équipe est reconduite une dernière fois et, effort supplémentaire dans le but de permettre à certains de ces coureurs ne méritant pas ce statut de se mettre en évidence, elle est même sélectionnée, du fait de la désertion générale des équipes italiennes, pour prendre part au Tour de France au sein d'une formation mixte avec les Belges de Boston. C'est ainsi que le logo de la société du Tour de France s'exhibera aussi sur un maillot bleu foncé bande blanche porté par Durel, Julien, Tesnière, Thévenard et Vigneron (qui prouvera par la suite qu'il méritait en effet largement de faire carrière) durant le mois de juillet !

Le maillot du jour :

Avant de rejoindre une garden-party bien garnie j'avais vu dans la composition du groupe de tête que Jens Voigt y tenait sa place : je n'étais pas loin de parier qu'il me faudrait réaliser ce maillot en rentrant, à moins que Pereiro ne lui joue un tour… J'avais choisi le CSC : je suis meilleur gagnant que les troupes de Marc Madiot qui s'agace de voir ses (très) jeunes pousses ne pas parvenir à suivre son tutorat ! Pas d'inquiétude Marc : déguste ta glace, le maillot attendra mais on ne va pas tarder à le voir !




Vendredi 14 juillet 2006


12ème étape : Pô, pô, pô...vich  :

   Que dire de cette étape qui n'a pas déjà été écrit ? Que c'était le 14 juillet, que les Français allaient s'y mettre en évidence, que ce serait aussi l'étape de la chaleur, qu'il y aurait une échappée conséquente de coureurs éloignés au classement général qui partirait tôt et prendrait beaucoup d'avance, le peloton se désintéressant de l'affaire.

Et puis, piqué au vif par les piètres performances alignées par les ex-successeurs de sa majesté Lance de la Lune, par les couacs retentissants de leurs suffisances et de leurs vantardises infantiles voilà qu'un espoir de l'Est, élevé dans le Colnago, chouchouté comme ce n'est pas permis depuis son premier bidon pro, se décide à montrer qu'il vaut mieux que les prédictions dithyrambiques de ses mentors successifs, se crache dans les gants et va au charbon pour reprendre 5 minutes aux Phonaks dont les aides auditives étaient défaillantes et surtout aux autres challengers qui pourraient se mordre les doigts de l'avoir laissé revenir dans la partie. De plus il n'hésite pas à défier sa majesté le Freire de Monsieur (Mc) et son compère Italien qui en reste les bras Ballan ! Franchement il fallait quand même le faire ! Sûr que ce n'est pas une chose qui aurait pu arriver du temps de Mister L.A. Mais sans doute ne sommes-nous pas au bout de nos surprises !

Une petite dernière pour la route ? Que penser de son compère Paolo, qui n'ayant pu suivre les meilleurs en montée hier, décida en rentrant à l'hôtel de « faire la descente » où il excelle… sans imaginer que la route ayant été rouverte il y avait peut-être des piétons qui rentraient à pieds vers leurs véhicules ? Pas de doute : il était vraiment cuit ! En tout cas il va désormais suivre la suite du feuilleton chez lui : un bon point de plus pour la réaction de Jaroslav.

1975 : les bourses de la Vocation manquent-elles de bourse ou de vocation ?

Comme je le disais hier c'est en 1969 que fut introduit sur le Tour un troisième maillot distinctif de leader : le maillot blanc du Combiné. Ce maillot, sponsorisé par les assurances Gan était attribué au coureur le mieux placé sur l'ensemble des 3 classements au temps, aux points et au meilleur grimpeur !

Pas de chance : 1969 voyait l'irruption sur les routes de l'épreuve d'un Cannibale qui n'avait pas besoin d'une règle à calcul pour faire savoir qui se débrouillait le mieux dans ces trois registres ! Le maillot fut reconduit jusqu'en 1972 sous le même patronage et avec toujours le même vainqueur ? En 1973 il passa sous le patronage de la BNP pour 2 ans mais finalement il n'apportait rien puisqu'à l'exception de 73 il désignait le même vainqueur que le Classement Général.

En 1975 changement d'orientation : plus de maillot pour le leader du combiné (il réapparaitrait dix ans plus tard sous la forme patchwork) le maillot blanc est désormais patronné par « les bourses de la vocation » et désigne le meilleur jeune coureur du Tour ! Plutôt une bonne idée et un bon concept pour ce sponsor qui aidait au financement de projet de jeunes qui souhaitaient réussir dans un métier qui les passionnait mais n'avait pas les moyens pour y parvenir ! Ce changement s'accompagne d'une modification du maillot… que personne ne verra sur la course ! Le maillot devait être blanc avec une large bande verte et bleue foncé qui partait le long de l'épaule gauche avant de s'incurver et de descendre ensuite verticalement avant l'encolure. Mais aucun maillot avec ce design n'apparaît durant toute l'épreuve et Moser qui va l'emporter est toujours vêtu d'un maillot totalement blanc avec l'inscription « Vocation » à la place du logo du sponsor précédent. Il n'y a que sur le podium des Champs Elysées qu'on le voit au côté de Bernard Thévenet porter ce magnifique maillot qui ne sera pas reconduit l'année suivante, les organisateurs revenant à l'idée d'un maillot totalement uni !

Alors pourquoi ce maillot n'a-t-il pas été porté en 75 ? Retard dans la fabrication ou conflit avec les organisateurs ?

Le maillot du jour :

Je m'attendais à un effort des Français (des Jeux ou des Télécom…) mais c'est à nouveau un Ukrainien qui l'emporte et cette fois il a montré le maillot de la Discovery de façon convaincante !




Jeudi 13 juillet 2006


11ème étape : Ca se bouscule au Portillon :

   Landis l'avait dit : « Il ne se passera rien dans les Pyrénées : le Tour se jouera dans les Alpes ». C'est donc contre son gré et sa volonté que le Long John Silver de la Phonak a enfilé un maillot LCL sur son tricot sec pour éviter de prendre froid à 1800 mètres dans le Val d'Aran ! Et encore ! Heureusement qu'il n'a qu'une jambe tellement elle était aujourd'hui au-dessus de celles de ses adversaires !

Mais quelle mauvaise idée encore que celle des stratèges d'outre-Rhin que de se précipiter tout d'un coup au Portillon ? Ullrich passe mais les T.Mobile le restent toujours aussi peu en matière d'innovations tactiques. Comment transformer une situation largement favorable en déroute ? Finalement c'est peut-être plus leurs ancêtres qui ont perdus 2 guerres contre les nôtres que nos valeureux combattants qui les ont gagnées comme on nous forçait à l'apprendre à l'école ! L'idée de « mettre en route » à Luchon, alors que la majorité du bataillon des survivants de l'avant-garde était sur le point de s'essorer tout seul, était excellente mais le faire d'un coup de boost-off disséminant dans la pampa pyrénéenne plus de la moitié de ses propres troupes pour ne laisser un fringant Kloden, otage des vingt meilleurs coureurs du Tour, qu'en compagnie du seul Rogers, son prédécesseur au classement général… c'était prendre le même type de risque que d'emmener Ullrich seul sur l'orbite du conquérant de la Lune ! Et le résultat a été le même : Kloden s'est tout à coup senti bien seul dans la roue de 3 oranges, pas mûrs du tout, et bien décidé à braquer la (Rabo)banque pour toucher le magot ! Et c'est là qu'on a entendu arriver l'homme à la jambe de bois sur le pont lequel, en deux coups de manivelles, jeta la majorité de l'équipage en nage sur le faux-Plat de Beret, suspendus à leurs guidons, incapables d'accrocher la roue du noyé précédent… Là, pas de tirs aux buts ! Les Italiens s'étaient noyés les premiers : Cunego d'abord, Simoni ensuite ! Les Français secouaient la tête sans trouver une poitrine pour essuyer leurs peines : Dessel ressemblait à un carton jaune et Moreau, à la grande désolation de tous ses fans qui rêvait pour lui cette année d'une sortie triomphale, recevait un dernier carton rouge !

Mais il n'y a aucun regret à exprimer : ce qui devait être fait a été fait et nous avons enfin eu une vue sur la nouvelle hiérarchie de l'après Armstrong et Puerto réunis.

Ce fut donc la journée des confirmations pour un certain nombre de pressentiments : l'abandon de Mayo (quelle honteuse mentalité ces médias qui s'acharnent à coller aux Basques d'un homme à la dérive pour faire un scoop qui comblera les plus bas instincts sadiques de téléspectateurs vautrés dans leurs fauteuils pendant que ces Hommes sont contraints de baisser la tête : ces types devraient être Interdits de Tour à l'instar des dopeurs !), les limites physiques et stratégiques du 131 et du 151, le nouveau niveau des Discovery après le passage du Channel, le manque de culture cycliste des coureurs du nouveau monde, etc.

Mais ce fut aussi celle des déceptions italiennes : Savoldelli cuit sous ses cendres dès la montée du Tourmalet, Cunego à la Recherche du Temps Perdu qu'il ne retrouve jamais, Simoni pré retraité dans les souvenirs de son destrier rose… Du soleil nordique se couchant à cinq heures en plein été sur les rêves danois et allemands !

Reste une confirmation attendue : celle du cosaque néerlandais Menchov emmené par de vraies locomotives dans sa traversée de la steppe ! Et deux en lesquelles mon antiaméricanisme primaire refusait de me laisser croire : Levi Leipheimer jusque là deuxième au concours du Yo-yo saisonnier et Long John Silver Landis aussi enthousiasmant qu'un ancien lieutenant de Lance Armstrong mais sacrément efficient jusque là cette année !

Mais le grand honneur de ma journée est quand même resté celui de pouvoir une nouvelle fois admirer Don Quichotte de la Fuente chevaucher montagnes et vallées, du matin à la fin d'après-midi, à la poursuite des Moulins des Vals d'Aran ! Bien sûr qu'il ne s'agit que de sport… mais comment ne pas sentir ses yeux s'embuer quand, conformément au dernier acte de la pièce, il s'étale à bout de souffle au Plat pied de Beret ?

1975 : la multiplication des pois et des maillots

Le Tour de France est devenu une entreprise commerciale bien huilée : tous les soirs il n'est qu'à voir la mise en scène et le minutage du podium d'arrivée pour se rendre compte qu'à l'instar des concerts de rock après Altamont il n'est plus possible d'imaginer les bousculades et les débordements auxquels on assistait quotidiennement une fois la ligne franchie par les premiers arrivants jusque dans les années 80 !

Plus précisément ce n'est qu'en 1975 qu'on a commencé à voir se mettre en place la mise en scène progressive de l'Adoration des (i) Mages ! 1975 voit l'apparition d'un quatrième maillot de leader : le maillot à pois du meilleur grimpeur (qui est donc né après le maillot blanc de meilleur jeune qu'il supplantera en ordre d'importance). C'est aussi le choix d'un graphisme qui s'écarte de la ligne « classique » des maillots à couleurs uniformes à laquelle appartiendront aussi le maillot rouge des « Sprints » (1984) ou le maillot violet du plus combattif apparu sur le Tour de l'Avenir ! On peut penser que l'association avec la casaque de jockey a joué dans ce choix d'un maillot « Poulain » mais le maillot blanc à pois rouges était déjà apparu dans Paris-Nice en 1954 pour désigner le leader du Classement par Points (remporté par Impanis)!

Deux particularités dans cette première mouture du maillot à pois : le col et les parements sont rouges (ils se fondront dans le blanc du maillot dès l'année suivante) et on retrouve la silhouette du poulain blanc dans un pois rouge sur les manches (il émigrera sur l'épaule droite dès l'année suivante aussi avant de disparaître avec le patronage de Poulain en 1979 !).

Le maillot du jour :

J'ai éprouvé durant cette fin d'après-midi de soudaines sueurs froides lors de la traversée du Val d'Aran : les favoris avaient laissés partir Cunego et Arroyo ! Or j'avais prévu (et bien avancé ce matin) de faire le maillot de la Phonak pour célébrer Landis. Je me serais mal vu devoir me lancer dans d'autres réalisations en fin d'après-midi !

Heureusement les Rabobank sont venus à mon secours. C'est donc bien le Phonak qui est à l'ordre du jour !




Mercredi 12 juillet 2006


10ème étape : Ah, j'ai deux airs... :

   ...préférés : ce sont ceux de l'offensive et de la justice !

Aujourd'hui j'aurais mauvaise grâce à me plaindre : j'avais trouvé profondément injuste l'année dernière la non sélection de l'équipe AG2R-Prévoyance au sein du ProTour. Je trouvais que, bon an, mal an, le travail et la persévérance de Vincent Lavenu méritaient d'être soutenus. C'est donc avec plaisir que j'ai vu cette équipe se renforcer à l'inter saison et justifier depuis le mois de février son intégration parmi les vingt meilleures équipes du monde. De plus Lavenu n'a jamais été un de ces calculateurs qui attendent que les autres aient roulé pour tirer les marrons du feu. Sur le Tour, après le coup de Mancebo reçu sur la tête à la veille du départ (et là encore la direction sportive a fait preuve de modestie dans ses propos), j'ai beaucoup apprécié le comportement des Dumoulin, Calzati et autre Dessel comme le positionnement de Moreau depuis le départ. Alors, qu'après la magnifique chevauchée du plus Italien de nos Lyonnais en Bretagne, ce soit un Stéphanois qui se batte dix minutes devant les gros bras sur les premiers grands cols pyrénéens avant de s'en aller récupérer les maillots jaune et à pois dont on lui avait pas fait cadeaux à l'arrivée, j'ai trouvé dans les récompenses accordées à ce cyclisme offensif toutes les raisons d'être satisfait ! Et que ce soit le leader de la seule équipe continentale invitée sur son mérite qui obtienne la victoire n'a fait qu'accroitre mon plaisir !

Car une nouvelle fois devant ma télé j'ai assisté à un spectacle en accord avec mon éthique du sport : des stratégies et des mouvements prévisibles (la formation d'une échappée durant la première heure avant le col d'Osquich, la difficulté pour les T.Mobile d'assurer le contrôle de la course…) et un suspens totalement préservé sur l'issue de l'épreuve !

A la veille d'une étape qui livrera obligatoirement des informations essentielles sur les forces en présences en vue de la bataille à venir dans les Alpes je serais bien en peine de faire un pronostic convainquant pour ce qui concerne le podium des Champs Elysées dans 10 jours !

A peine puis-je dire que, pour l'instant, il me semble que le mode d'appréhension de la compétition cycliste du nouveau monde ne soit plus aussi pertinent que par le passé : l'autre jour c'est Hincapie qui citait parmi les hommes les plus dangereux pour lui pour la victoire finale Zabriskie et les autres Américains… Bon, je sais bien que les Français ont mauvais esprit mais quand même… C'est un raisonnement qui sent le Bush en Irak ! Dans l'ancienne culture du vélo ça s'appelait la méthode Coué ! Donc Zabriskie dans le gruppetto à 25 minutes (on ne rigole pas : il y avait aussi Casar, il y a quinze jours l'espoir Français pour le Tour !), Leipheimer se cognant la tête dans le dernier kilomètre de Marie-Blanque, reste Landis qui dit qu'il ne se passera rien dans les Pyrénées et Hincapie aujourd'hui sur le tansad des touristiques locomotives allemandes !

Je me suis bien demandé d'ailleurs pourquoi aucune équipe ne relayait le tempo médium des T.Mobile ne voulant quand même pas provoquer le décrochage de leur maillot jaune derrière les échappées alors que la moindre augmentation de la pente égrenait le peloton ? C'est sans doute une question d'habitude : « On ne sait pas faire : depuis quinze ans c'est l'équipe du futur vainqueur qui ramène le peloton sur les échappées ! ». Donc rien de spectaculaire alors qu'on devinait bien à voir les têtes, les jambes et les épaules en bout de file que l'on priait avec intensité dans ces parages pour qu'aucune idée ne traverse la tête d'un des coureurs des premiers rangs !

Un dernier mot ? Sans vouloir tirer sur une ambulance il me semble qu'à nouveau Mayo a perdu les drivers compatibles avec 2006 ! Décidemment c'est définitivement Iban Yo-Yo ! Mais on peut aussi comme certains journalistes sportifs parler d'un excès d'énergie dépensé sur le Dauphiné qui explique aussi les étonnantes déficiences de Leipheimer… Mais comment faisaient donc Bobet, Anquetil ou Eddy Merckx ? Sûr : à cette époque le dopage devait être intensif et généralisé !

1983 : J'irais revoir ma Colombie !

Ah, la première étape des Pyrénées : comme elle était attendue en cette année 1983 ! Et pas seulement parce que l'abandon de Bernard Hinault laissait la voie libre (dans une configuration qui n'est pas sans rappeler celle que nous connaissons cette année) à toutes les formes de prédictions.

Depuis de longs mois on savait en effet que ce serait la première édition d'un Tour vraiment « open » auquel prendraient enfin part certain des meilleurs coureurs au monde « interdits » de participation de par leur statut officiel « d'amateurs » dans des pays qui pour des raisons économiques ou politiques se refusaient à la reconnaissance d'un sport « professionnel »… y compris pour des athlètes n'ayant pas d'autre activité de toute l'année et rémunérés par l'état ! Dès 1961 les organisateurs du Tour avaient tenté cette ouverture à la mondialisation du cyclisme par le biais d'un Tour de l'Avenir ouvert aux « amateurs » mais la rigidité des instances internationales et des conflits idéologiques n'avaient pas permis de faire évoluer ce laboratoire d'essai. Mais en 1980 ce sont les coureurs Colombiens qui avaient créés la sensation en l'emportant dans une épreuve qui était dominé sans partage par les coureurs soviétiques et en particulier par Soukhoroutchenkov dont certain n'hésitait pas à affirmer qu'il battrait Bernard Hinault lui-même s'il lui était opposé dans un grand Tour !

Je me rappelle cette année là de cette scène extraordinaire, vue dans le résumé filmé de la dernière étape de montagne, où Patrocino Jimenez qui laissait tout le monde sur place dans les cols, s'était arrêté plusieurs fois durant l'ascension, mettant pied à terre, laissant partir Soukho, à deux doigts de faire demi tour pour attendre le maillot jaune Flores qui était en difficulté avec un adversaire soviétique survolté !

Et voilà que, préparé et dirigé par Ocana lui-même, le commando des Colombiens de 1980, coureurs de la Varta (l'équipe colombienne qui rassemblait les meilleurs amateurs nationaux), s'était longuement entrainé sur les routes des Pyrénées en attendant le départ du Tour. Que n'avait-on écrit à ce sujet ? Que les 10 Colombiens laisseraient sur place l'ensemble du peloton dès les premières rampes et s'envoleraient vers un triomphe retentissant ?

Mais pour l'instant leur statut « d'amateurs » leurs interdisaient de courir sous les couleurs de leur sponsor habituel (bleu à scapulaire jaune) et ils se présentaient au départ de Pau ceints du maillot national blanc à bandes jaune, bleu, rouge. Et si, en effet, dès les premières rampes ils étaient quatre à lâcher le peloton, le seul Jimenez parviendrait à tirer son épingle du jeu jusqu'à Bagnères de Luchon et à confirmer avec Corredor dans les Alpes ! Le rythme endiablé des premières étapes de plaines avait émoussé leur punch et jamais (sauf la phalange « Lecce la Gran Via » engagée l'année suivante dans le Dauphiné Libéré) ils ne confirmeraient la domination d'ensemble qu'on leurs promettait sur les épreuves montagneuses du circuit professionnel !

Ceci dit j'ai toujours eut depuis ce moment une admiration et une passion pour ces coureurs venus des Andes et pour leurs maillots exotiques !

Le maillot du jour :

Un grand merci à René Bellone et Jan Soens qui me sollicitaient, il y a deux jours, pour réaliser l'Agritubel justifiant amplement à leurs yeux par son comportement depuis le départ sa sélection !




Mardi 11 juillet 2006


9ème étape : Orange, vert, vieux et blanc  :

   Le paysage de la France vue du Tour est un spectacle admirable et particulièrement bien mis en scène par les caméras d'hélicoptères. Mais, dans ce documentaire à épisodes en technicolor, l'étape des Landes fait toujours figure de jour de repos : depuis que je la regarde les images n'ont guère variées d'une année sur l'autre. Pour résumer, c'est en quittant Bordeaux toujours « tous pins droits » jusqu'au Pays Basque ! Une année sur deux évidemment puisqu'en sens inverse c'est la même chose des Pyrénées à Bordeaux !

J'attends toujours avec impatience le jour où la dune du Pilat recouvrira la route mais, au rythme où elle avance chaque année, je préfèrerais que Christian Prudhomme, dans un souci de renouvellement du spectacle, se décide à inscrire ce sommet de 100 mètres au Grand Prix de la Montagne pour assister à un intermède qui ne manquerait pas de classe : quel est le meilleur escaladeur des châteaux de sable ?

Mais cessons de rêver : aujourd'hui si le marchand de sable est passé dans l'après-midi c'est qu'à force de compter les pins à défaut de décompter les kilomètres j'ai eu un moment d'inattention à l'instar de nos attentistes en queue de peloton qui sont désormais 3 à faire admirer leurs dossards de « leader ». Depuis deux jours Leipheimer qui n'a paraît-il toujours pas compris comment il avait fait pour ne pas rouler plus vite en Bretagne s'est joint au 131 et 151 pour attendre que la route s'élève… En attendant ils se sont évidemment retrouvés à chasser dans la pampa landaise au premier accroc en queue de file !

Autre nouvelle : c'est aussi un autre leader qui a promis d'attendre, lui, la fin du Tour pour se faire poser une prothèse. En voilà au moins un qui revendique publiquement vouloir appartenir à une race de champion bionique ! En tout cas s'il cale demain dans les Pyrénées ou les Alpes il nous en aura donné la raison par anticipation et il ne sera donc pas utile d'aller voir ailleurs !

Personnellement je suis ce soir comme les coureurs : demain j'aborde mes premières grosses difficultés ! Au programme : regarder l'étape (en intégralité !), écrire un article et dessiner un maillot. J'espère attraper un bon gruppetto et rentrer dans les délais !

1989 : L'art de Mario Schifano

Depuis sa création le maillot jaune a vu sa surface immaculée se recouvrir progressivement d'inscriptions symboliques ou commerciales variées avant de devenir, comme malheureusement la majorité des tenues sportives d'aujourd'hui, un panneau publicitaire ambulant.

De ces multiples déclinaisons j'ai souvent regretté l'absence totale de préoccupations esthétiques et la priorité accordée à l'efficience de l'impact commercial au détriment de tout impact artistique et visuel.

C'est donc avec beaucoup de plaisir et de passion que je parle d'un millésime particulier des maillots de leaders du Tour : celui des maillots Castelli de 1989 qui ne fut malheureusement pas reconduit l'année suivante et restera donc comme un ovni dans ce monde mercantile. Cette année là la marque Castelli avait en effet demandé à un artiste Italien d'art contemporain célèbre Mario Schifano de réaliser le désign d'un certain nombre de maillots qu'il sponsorisait : c'était le cas pour les maillots de leader sur Tirreno-Adriatico (absolument magnifique au niveau esthétique et qui furent utilisés pendant plusieurs années), il intervint aussi sur le maillot de la Malvor (comment faire d'un maillot uni une œuvre d'art !) mais surtout eu le droit de toucher aux sacro-saints maillots de leaders du Tour de France.

C'est un travail extraordinaire alliant respect de la tradition à la création artistique et à l'équilibre graphique ! Chaque maillot possède son propre logo graphique plus ou moins abstrait : une carte du monde pour le maillot jaune, un élan de flèches emmêlées évoquant des roues pour le maillot vert, une sorte de peloton en mouvement pour le maillot rouge des sprints Catch et des silhouettes de sommets différemment escarpés dans chaque pois du maillot de meilleur grimpeur ! De plus l'inscription Tour de France apparaît en lettrage de computer sur l'épaule et le maillot patchwork du combiné reprend tous ces logos sur leur fonds d'origine ! Je trouve que jamais auparavant un tel équilibre n'avait été trouvé entre la lisibilité symbolique du maillot, l'esthétisme graphique et le dépouillement ! Mais dès l'année suivante le Tour du France renonçait à cette révolution (trop artistique et contemporaine pour l'inculte public du Tour ?) pour renouer avec le fil de l'affichage publicitaire classique que l'on retrouve toujours aujourd'hui !

Le maillot du jour :

Il y en avait un dans l'échappée du jour, Zabel a encore fini dans les 3 premiers : les Milram méritent bien eux aussi de s'afficher sur ce Tour !




Lundi 10 juillet 2006


Repos : Bilan après la 1ère mi-temps :

   Je ne pense pas que les coureurs aient eut aujourd'hui l'occasion de s'essayer au surf sur les rouleaux de l'Atlantique mais ils m'ont laissé le temps d'aller rouler sur les toboggans qui entourent ma terrasse et donc de ruminer sur une première semaine de spectacle télévisuel.

Je me disais qu'à l'instar de la Coupe du Monde les éliminatoires de poules n'avaient pas été exempts de surprises sans, pour autant, qu'on soit certain de ne pas retrouver un vainqueur prévisible sur le podium des Champs Elysées le 23 juillet.

Il y a pourtant eut quelques inversions notables du sens de la course, comme ce grand essorage des principaux favoris avant même que les coureurs aient mouillé le maillot ! Si on ajoute la maladie de Di Luca, la fracture de Valverde et la panne de Leipheimer les rangs sont bien éclaircis quand on relit les prédictions des Guides du Tour parus début juin ! Ils restent donc une petite quinzaine d'excellents coureurs qui vont commencer à en découdre mercredi et jeudi pour nous donner une première information concernant les noms qu'il va nous falloir apprendre à crier sur le bord des routes alpestres !

Autre surprise des chefs cuisiniers cet étonnant renversement des tendances en vitesse sur route avec les « boost off » magnifiquement utilisés par McEwen comparés aux mauvais calculs de consommation du champion du monde en titre toujours en panne sèche à 100 mètres du but ! J'ai entendu une explication plausible dans le fait que Tom Boosten ne retrouvait pas, dans cette formation, les rapports utilisés le restant de l'année à proximité des arrivées. Possible quand on voit le rendement actuel de l'action Pozzato par rapport à l'investissement placé en lui à San Remo ! Mais le sport cycliste est « aussi » un sport individuel et depuis une semaine McEwen fait montre à ce niveau d'une nette domination sur les autres « tdi » (dont on connaît désormais les noms par cœur : Bennati, Hushovd, Zabel, Eisel, Freire, Paolini, Casper et Isasi).

La palme du gag de la première semaine du Festival ? Bobby Julich dans « Le Bossu de la CSC » s'étalant avec tout son barda au premier virage serré : mauvais calcul dans la répartition des masses ?

Nouvelles du monde (du cyclisme) : Wim Van Rossum de Cycling4all facts & figures a fini par débrancher, écœuré, son modem à l'écoute, passionnée depuis des années, d'un milieu qui refuse d'échanger son look « lunettes de soleil » pour des lunettes de vue quand il tombe des grêlons !

Je n'ai pas pu m'empêcher de beaucoup penser à lui en consultant les résultats du GP Joachim de « Puerto » au Portugal où les coureurs de Valence en premières listes à Madrid (et de ce fait « invités annulés » de nos routes du Tour !) on fait un malheur avec leur Communauté, squattant à la manière des T.Mobile les 10 premières places de l'étape de montagne et du classement général avec un Portugais renvoyé par Manolo Sainz ( !) dans sa sous-traitance nationale l'année dernière suite à un contrôle de « taux d'hématocrite (beaucoup) trop élevé », de Unaï Yus récupéré par une équipe idoine après avoir « quitté » Bouygues pour refus de s'adonner à la médecine française et, « heureusement (?) », de deux coureurs de la Maia-Milaneza aux deux premières places ! Une équipe qui a (on l'espère !) changée de médecins si ce n'est de médecine depuis qu'elle a été chassée de la Première Division de l'U.C.I. il y a trois ans pour overdose de contrôles positifs !

1955 : Il n'y a que les mailles qui m'aillent. En 1955 Bobet porte un maillot jaune liseré d'arc-en-ciel


Tout le monde reconnaît évidemment sans difficulté ce fameux maillot complètement jaune de leader du Tour, à l'origine couleur du papier de l'Auto le journal organisateur, comme le leader du Giro est rose de la couleur du papier de « La Gazetta dello Sport ».

Il y eut pourtant une exception célèbre à l'unité totale du coloris du maillot de leader du Tour ce fut en 1955 le maillot porté par Louison Bobet qui se distinguait par ses parements irisés de champion du monde ! Comment cela a-t-il été possible ?

Le maillot de leader était cette année là sponsorisé par les laines Sofil qui proposait un maillot dans une texture synthétique « plus légère, etc. » que la laine… Or, après son coup de force du Ventoux Louison Bobet refusa de porter un maillot en synthétique : il avait des principes d'hygiène et des habitudes vestimentaires qui lui faisait refuser le port de maillots autre qu'en laine « naturelle ». On connaît la réputation de Louison : on fut à deux doigts de la catastrophe durant la nuit. C'est Goddet qui raconte cette anecdote : Louison n'accepta de porter le maillot officiel le lendemain matin qu'à la condition que l'organisation fasse confectionner « de toute urgence » un maillot en laine par la société Sofil qui s'exécuta évidemment en réalisant un maillot de leader du Tour « spécial Bobet » avec parements irisés !

Le maillot du jour :

Pas sûr qu'on les voir beaucoup dans les jours à venir… et pourtant ils se dépensent autant que les autres : le Liquigas du Tour 2006 !




Dimanche 9 juillet 2006


8ème étape : L'homme qui a mis les voiles vers Lorient défie les moulins de Valmy ! :

  Pour une étape prenant son envol dans le village natal de Louison Bobet j'avais évidemment parié sur une fuite vers Varennes du boulanger, de la boulangère et du petit mitron pris en otages la veille lors du coup de force des T.Mobile, envahissant et occupant les meilleures places du Château Général.

Et ça n'a pas raté : à Plessala les battants pas abattus sautèrent vivement par dessus le Mûr de Bretagne et nos 5 compères se retrouvèrent à Gué-mener à tour de rôle sous la garde débonnaire du Kessler de service.

Contrairement à ce que nous apprends l'histoire du Tour de France de ces dernières années, ce sont les fuyards qui eurent le dernier mot ! Le vigilant Philippe Gilbert, garde Français des Jeux, eut beau sauter dans la malle poste des Phonak, rameuter derrière lui ses troupes, les régiments de Lampre et même les Caisse d'Epargne : aujourd'hui c'est le petit mitron lyonnais de chez ag2r qui a fait voile vers Lorient ! Même le boulanger Halgand et son partenaire Carlstroëm atteignirent leur but avant les poursuivants dépités !

Décidemment la morale triompherait-elle à nouveau en quelques occasions sur notre course bien aimée ? Ne nous réjouissons pas trop vite… Ne se trouvera-t-il pas quelques vrais patriotes pour se plaindre que, sous le couvert d'une seconde victoire française en une semaine il s'agissait en réalité d'un ennemi de la Nation qui n'a pas hésité a avouer avoir parié sur un triomphe, à la tombée de la nuit, des troupes italiennes sur la prairie berlinoise face à nos volontaires républicains emmenées par le général Domenech ! Heureusement demain se sera le repos des guerriers après la bataille ! Et puis, après tout le vainqueur du pont d'Arcole ne s'appelait-il déjà pas Napoleone ?

1970 : le maillot blanc doit-il être assorti à la teinte des cheveux ?

Avez-vous remarqué que lors du Tour de France 1970 on voit apparaître un drôle de « maillot blanc », mi blanc, mi noir ?

Comme il est porté par le seul Wagtmans facilement identifiable dans le peloton du fait de la mèche blanche qui ornait sa chevelure noire j'ai longtemps rêvé que son maillot avait été assorti à sa couleur de cheveux !

Mais lorsque j'ai dessiné les maillots de cette édition du Tour j'ai du me résoudre à admettre la prosaïque réalité : ce maillot était en réalité un ersatz de maillot de leader du combiné : le maillot du deuxième ! Et le responsable involontaire de cette nouvelle « création » sortie du cerveau imaginatif des organisateurs pour répondre à des motifs plutôt sonnants et trébuchants était Eddy Merckx !

En effet lors du Tour précédent celui-ci du fait de son appétit insatiable avait trusté tous les classements et donc tous les maillots… Vu la chaleur du mois de juillet pas question de le forcer à porter 3 couches textiles. L'idée commercialement pas bête du maillot patchwork ne germerait qu'en 1985… On ne pouvait que redouter à nouveau en 1970 la disparition des maillots verts et blancs de la course si Eddy persévérait à vouloir tout gagner. On imagine bien que ce n'est pas cet affaiblissement de la palette des couleurs de maillots qui inquiéta les organisateurs mais plutôt l'absence d'exposition des logos des sponsors qui payaient très cher pour voir le nom de leurs marques associé aux maillots de ces deux classements annexes. Apparu alors dans le règlement un article indiquant qu'en cas de cumul de places de leader par un même coureur ce serait le second du classement qui porterait un maillot distinctif qui ne serait pas le vert ou le blanc du leader mais un maillot mi vert, mi noir pour le second du classement par points et mi blanc, mi noir pour le second du classement du combiné.

Eddy fit preuve de bonne volonté et ne trusta qu'une seule journée les trois maillots permettant à Godefroot de porter ce jour là un maillot mi vert, mi noir, qui ne lui porta pas chance sur la piste en cendrée de Montpellier où il s'étala. Par contre il était difficile pour lui de parvenir à ne pas être en tête du classement combiné ce qui nous valu cette profusion de photos de Wagtmans cheveux et maillot mi blanc, mi noir du plus bel effet esthétique !

Le maillot du jour :

Pas besoin de longues explications : les ag2r ont bien gagné le droit de voir leur casaque exposée en pleine lumière !




Samedi 8 juillet 2006


7ème étape : L'éloge de l'incertitude :

  Voilà bien une confirmation du changement d'horaires : désormais nos pronostiqueurs peuvent aller réapprendre le « b, a = ba » de la compétition cycliste !
Pour eux c'est à n'y rien comprendre : voilà qu'à l'occasion d'une première confrontation majeure du Tour de France les bons coureurs par étapes se retrouvent devant et que les Superfavoris de chez Marvels Comics qui ne sont pas encore rentrés chez eux s'échinent sans retrouver leurs pouvoirs !

Il n'y a pourtant dans les résultats de cette étape rien qu'on ne savait déjà si on suit le cyclisme depuis quelques années :

- Honchar ex Gontchar) est un rouleur hors norme, le seul qui puisse tirer les braquets utilisés autrefois pour les records derrière motos… sauf que lui il le fait avec la moto derrière ! Et, pour ceux qui ne le savent pas encore, il fait la même chose en montagne : il est incapable de suivre une accélération mais une fois son diesel enclenché il ne lâche que le minimum. Donc un client pour une place dans le top 10, voire mieux !
- Evans, Sinkewitz, Menchov, Kartpets, Sastre et Kloden sont des coureurs de grands Tours qui, depuis leurs débuts, devaient renoncer à toutes ambitions personnelles car il y avait des jours où, fatigués, ils ne parvenaient pas à suivre les turbo bioniques du peloton (cf « l'échec » de Menchov l'année dernière à la Vuelta derrière Héras, la défaillance monumentale d'Evans en rose dans le Giro à quelques jours de l'arrivée il y a quelques années)
- Retrouver Mayo au général dans le même temps que Mercado leader des Agritubel me paraît une plus juste échelle des valeurs…
- Maintenant si Zabriskie n'a pas (re)fait une Basso comme sur le Dauphiné on ne peut pas dire non plus qu'il ait « raté » son chrono. Plus étonnante la contre performance de Leipheimer mais ça arrive !
- Finalement si vous regardez les 41 premiers (c'est sûr que Boonen n'est pas un manche de pioche contre la montre !) il n'y a rien d'illogique… et donc rien de définitif ! L'incertitude est totale car d'excellents grimpeurs relégués plus loin pourraient bien profiter d'une offensive pour brouiller le jeu (Rujano, Cunego voire Simoni)… sans parler des baroudeurs placés !
- Un mot à propos du terrible match entre les 2 équipes des ex-dieux de l'Olympe : T.Mobile à 8 sans Ullrich c'est 4 coureurs dans les 8 premiers et autant de candidats crédibles pour le podium ! Discovery Channel sans Armstrong c'est 6 coureurs sur 9 entre la 19ème et la 32ème place et des « successeurs » désignés comme Hincapie ou Popovych retrouvant une plus juste côte. Le plus dangereux dans cette équipe ça reste Savoldelli car celui-là il sait ce qu'attaquer veut dire, même, et encore plus, en descente !
- Il faut souligner les excellentes performances réalisées par de réels espoirs : Larsson, Fothen, Posthuma…
- Et pour les Français ? Moreau tient sa place ; Rous a de l'expérience ; le champion de France du contre la montre fini 27ème dans le temps de Rubiera, 25 secondes derrière papy Ekimov (le champion d'Allemagne est 3ème, celui de Suède 5ème). Mais il n'y a pas de quoi aller les lyncher. Il y a 3 semaines toute la France voulait lapider Domenech, mettre Zidane à la retraite et Viera à la poubelle : rendez-vous le 20 juillet comme dirait « le coach » !

1974 : un Flandria ça va mais deux !..

A l'orée de la saison 74 l'équipe « Carpenter-Shimano-Flandria » se scinde en deux phalanges :

- l'une à dominante belge dénommée « Carpenter-Confortluxe-Flandria » dont le maillot est blanc bande et manches rouge emmenée par le trio Maertens, Pollentier, Demeyer.

- l'autre à dominante française « Merlin Plage-Shimano-Flandria » gardant le maillot rouge à bande blanche est emmenée par Guimard.

Comme il n'y avait pas inflation de candidatures en ces temps là pour participer au Tour les deux phalanges se trouvaient sélectionnées au départ...

Mais cette situation posait un vrai problème aux organisateurs : les deux maillots affichaient fièrement sur leur ceinture le même logo publicitaire de la marque Flandria sponsor principal des deux équipes… Il n'était pas envisageable qu'une même marque sponsorise deux équipes sur la même épreuve : on aurait pu imaginer des ententes naturelles et des collusions !

Solution « made in Tour de France » ? Les Belges de « Carpenter-Confortluxe » masquèrent sous un inesthétique sparadrap noir la totalité de l'inscription Flandria et participèrent à toute l'épreuve avec ce crêpe funéraire !

Le maillot du jour :

Comme je n'ai pas eu trop de temps c'est celui qu'on va enfin revoir demain matin dans le peloton : le maillot de champion du monde de Tom Boonen.




Vendredi 7 juillet 2006


6ème étape : C'est demain la première étape Rennes :

    Le Tour est une épreuve de patience… surtout pour nous autres simples téléspectateurs ! Il est temps que le spectacle évolue parce que je commence à prendre de mauvaises habitudes que n'auraient pas renié Antoine Blondin : à partir du moment où j'ai pris le pouls de la course à l'ouverture de l'antenne, anticipant sur le reportage à venir, je vais boire un verre en attendant la dernière demi-heure !

Ca ne m'a pas empêché de voir que le Tour était aujourd'hui passé dans son village natal et de réentendre les sentences inoubliables qu'il nous délivrait sur les relations intimes nouées entre cette course et ses amoureux !

Que dire de plus sur les images que j'aurais entraperçues entre deux rafraichissements ? Que je m'attendais à voir le maillot de champion de France jaillir de milles étincelles le 14 juillet et que je me suis demandé si ce jeune homme avait mis sa montre à l'heure ? Mais oui : il souhaitait de cette façon fêter dignement la Saint Firmin en hommage à ses coéquipiers et à son sponsor espagnols… En voilà un qui a l'esprit européen… Ceci dit je ne cracherais pas sur le fait qu'il recommence la semaine prochaine en allant si possible jusqu'au bout ! Mais bon : si c'est Boonen qui l'emporte je dirais qu'il l'a fait pour rendre hommage à notre belle course nationale qui l'a si bien accueilli !

J'ai donc vu, comme vous tous, le dernier quart d'heure : à la limite on pourrait faire une compilation de ces derniers cinq cent mètres et la passer en boucle ou dans un ordre aléatoire. Une poule y retrouverait sans peine ses poussins : il y a le vert, le rose, le jaune, le vert et blanc, l'orange et le bleu…

Demain on change de registre. Finie la volée de moineaux s'éparpillant dans la dernière ligne droite, c'est course poursuite autour de La Chapelle des Fou(geretz). On connaît le résultat depuis deux mois : 1er Ullrich, 2ème Basso, 3ème Vinokourov… Pour les autres il n'y aura pas de Pardons à attendre : il va y avoir du Fest-Deiz dans la lande et ils auront intérêt à faire Fisel s'ils ne veulent pas finir en en ayant Plinn la Gavotte !

1970 : « Where are you going ? » Jacques Goddet aime vraiment savoir d'où ils viennent.

Allez : je vais (presque !) en finir avec mes déclinaisons des bonnes idées du Père Goddet (le fils) à propos des maillots du Tour !

Décidé à réintroduire une périodicité d'une édition courue par équipes nationales Jacques Goddet met son projet a exécution en 1967 et récidive l'année suivante… mais le temps est passé de ces joutes nationalistes et à partir de 1969 il doit se résoudre à revenir définitivement à la formule par équipes de marques…

Il trouvera néanmoins une ruse pour mettre en évidence les références nationales en demandant au Coq Sportif de réaliser pour l'édition 70 des maillots dont le col et les parements indiqueraient la nationalité du coureur… Pas facile de réassortir des jeux de maillots aussi complexes. D'autant que les Italiens rechignent à utiliser les tenues standards ! L'initiative n'est pas reprise l'année suivante et sera abandonnée…

Mais avez-vous remarqué que sur les dossards actuels des coureurs du Tour est indiqué en haut son nom et sa nationalité au moyen d'un petit drapeau ?

Le maillot du jour :
C'est évidement un hommage mérité à un Florent Brard qui se montre digne de son titre et nous a fait admirer son beau maillot tricolore !



Jeudi 6 juillet 2006

5ème étape : Alors c'est pour Caen ? 
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  Ne soyons pas mauvaise langue : il n'y a vraiment rien à re-dire sur l'étape du jour.

Bien sûr c'est un remake franco-allemand de la deuxième mais, juste après la traversé de tant de champs d'horreurs où de jeunes vies de ces deux nations ont été fauché pour la folie des hommes je préfère ce genre de combat et de champs de bataille. Hommage donc à nos acteurs du jour récitant à merveille leurs classiques : Bjorn de la Manche le long et Samuel Pansa un peu court sur la fin.

Bien sûr qu'il ne s'agissait pas d'une chanson de geste gratuites : en voilà au moins deux qui auront « montré le maillot ». En matière de publicité, malgré ce que dit Frank Vanoverschelde à propos de l'exposition permanente de son numéro de téléphone à l'arrière du peloton sur le dos de son leader, je préfère cette méthode agressive à celle choisie (ou subie ?) par deux de nos « emblématiques » leaders français Moncoutié et Casar (dossards 131 et 151 pour ceux qui ne les connaîtraient pas encore) qu'on ne perd jamais de vue durant l'étape puisqu'ils ne quittent pas l'axe de la caméra qui filme l'arrière du peloton.

Un mot à propos du troisième round sur le boulevard d'arrivée ? Comme prévu puisque ce n'était pas le Maq c'était donc son Freire aujourd'hui.

Si on est un admirateur des Lefevère boys (qui démarre plus « step by step » que « quick » cette année !) on peut toujours se rassurer en se disant qu'Il se Boonifie de jour en jour… Reste qu'il faudrait qu'Il se dépêche demain sinon Il lui restera Lisieux pour pleurer si on ne lui souhaite pas de prendre part à l'affaire du courrier de Dax !

1962 : de la pub, oui, mais du jaune et du vert, non !

Cette (mauvaise ?) habitude aurait-elle disparue ? Voilà trois ans (depuis la fin de la participation de l'équipe ONCE à l'épreuve) que nous ne voyons plus sur le Tour de France un de ces maillots aux couleurs extravagantes remplaçant la classique casaque portée le restant de l'année. Pas plus les Vini Caldirola en 2004 que les Saunier Duval depuis n'ont provoqué cette réaction allergique à la dominante jaune de leurs maillots. Sans doute les organisateurs ont-ils subit avec succès un traitement de désensibilisation !

Car c'est bien sur une réaction allergique de Jacques Goddet qui a fait se développer durant une quarantaine d'année l'étonnante galerie des maillots « particuliers » du Tour.

Tout le monde sait que, toute sa vie, Jacques Goddet a toujours été un fervent partisan d'un Tour couru par équipes nationales et un adversaire résolu de la formule des équipes de marques.

Forcé en 1962 de rendre une première fois les armes il assorti néanmoins sa reddition d'un certain nombre de conditions dont l'une était qu'il n'y ait pas parmi les équipes participantes de maillot pouvant prêter à confusion avec les maillots de leaders de l'épreuve : le jaune et le vert.

Dès 1962 se sont les Italiens de l'Ignis et de Legnano qui font payer aux organisateurs les « frais » de cette obligation : le jaune des Ignis est remplacé sur le Tour par un maillot du Milan A.C. : rayé verticalement rouge et noir. Quand au vert des Legnano il cède la place à un maillot blanc (bas vert), Legnano étant néanmoins inscrit en noir dans une cartouche verte.

S'ensuivront des Kas bleus à manches jaunes parfois même « ivoires » (comme les Fagor-Mercier), des Mann-Grundig rouges, bleus ou roses et noir, des Sonolor sans jaune…

Cet ostracisme n'était pas sans conséquence puisqu'à la veille de la saison les équipes prévoyant leur participation savaient qu'un maillot dans ces couleurs ne pourrait s'afficher sur les routes du Tour : sans doute faut-il voir dans cette analyse une partie des raisons qui ont amené l'équipe Sonolor à présenter dès 72 un maillot dont les manches et la ceinture seraient désormais blanches et non plus jaunes pour toute la saison !

Première exception les Renault Gitanes de 78 ont un maillot à dominante jaune… mais dès 79 leurs manches sont blanches alors que les Ijsboerke subissent le même sort que les Kas en échangeant leur jaune pour du bleu. Pour bonne discipline ils auront droit en 80 à étendre les rayures verticales jaunes et bleues du bas sur tout le maillot !

Premiers espacements des crises puisque Tonissteiner et Del Tongo peuvent venir avec leurs maillots habituels…Même les Kas peuvent désormais porter leur maillot jaune moyennant le bleuissement de leurs manches !

Mais en 91 rechute avec l'arrivée des ONCE sur le Tour. Durant dix ans ils vont faire sur le Tour le tour de toutes les variations possibles : gris, vert et jaune, noir, blanc, rose… sans jamais pouvoir arborer leur « vraie » couleur.

Les Mercatone aussi subiront le traitement aux roses avant de choisir la dominante bleue Bianchi !

En tout cas une maladie qui aura permis d'étendre la palette graphique des maillots avant que la multiplication des sponsors « occasionnels » ou « spécifiques » à l'épreuve ne vienne, elle, provoquer l'inflation galopante des designs annuels que nous connaissons désormais !

Le maillot du jour :

Restons classique avec cet hommage mérité à un sponsor persévérant et soucieux depuis son arrivée dans le monde du vélo de s'occuper des jeunes et de l'avenir de ce sport !

Le Rabobank 2006 !



Mercredi 5 juillet 2006

4ème étape : A la Saint-Quentin ! 
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     Et pourquoi pas à la Saint Glin-glin ?

Il n'y a vraiment que les mauvais esprits pour salir avec autant d'acharnement la qualité de l'esprit sportif des coureurs cyclistes !

Nous en avons encore eu une parfaite illustration cet après-midi. Sachant que tout le monde en France aujourd'hui souhaitait garder la totalité de son enthousiasme, de ses émotions et de son énergie dans l'attente de la soirée de demi finale de Coupe du Monde de football, ils ont décidé de nous offrir une illustration classique de ce qui est attendu par les spectateurs des après-midi sportives d'Antenne 2.

Cinq volontaires s'étant présentés après la première difficulté nous eûmes donc droit au spectacle de ces courageux occupant l'écran et les commentateurs jusqu'à l'heure de l'arrivée où les sprinters s'exécutèrent pour le deuxième match des poules du classement par points (ou par poings suivant les jours). Classement inchangé depuis avant-hier : le diablotin Australo-Belge sortait de son virage pour agiter ses bras et faire admirer sa dentition ; le Favori de tous trouvait à l'étape cent mètres de trop ; la Main Verte fauchait un nouvel Agriculteur sans décourager le Viking indestructible ; le Vieux n'était pas trahi par ses jambes mais par son boyau. Tous les autres faisaient placés !

Seule nouveauté : Galvez qui avait épargné sa caisse jusque là au service de Valverde se dépensait sans compter pour remonter des basques d'un groupe d'Euskaltel à la deuxième place du sprint ! En voilà un qui a peut-être trouvé, lui, qu'il manquait cent mètres au parcours ?

1958 : Néerlandais ou Luxembourgeois ?

Dans la lignée de ce que je racontais il y a quelques jours à propos des travaux de couture des coureurs du Tour des années cinquante il est une question qui a beaucoup animé nos échanges et nos débats avec mes premiers compagnons de recherche dans ce domaine c'est celle de l'ordre des couleurs tricolores sur les maillots des coureurs Hollandais du Tour entre 1956 et 1961.

En effet il semblait évident à mes correspondants que les maillots hollandais à partir de 1956 étaient orange, bandes rouge, blanche et bleu, manches idem !

Pourtant si en 56 le maillot de l'équipe nationale sur le Giro sponsorisée par « Italcover » porte bien les 3 bandes de sa ceinture dans cet ordre, les coureurs Néerlandais du Tour portent un maillot ou les couleurs sont inversées ( !?) bleu, blanc et rouge !

Quelle a bien pu être la raison de cet anachronisme ? Inattention du dessinateur ? Choix délibéré dans la « continuité » des maillots antérieurs qui présentaient une bande bleu et rouge sur un fond blanc ?

La même « bizarrerie » se retrouve en 1957 avant de trouver un étonnant épilogue en 1958. Cette année-là les Hollandais se voient associés dans une équipe mixte avec les Luxembourgeois de Charly Gaul. Heureuse initiative qui va permettre à ce champion d'inscrire son nom au palmarès de l'épreuve en bénéficiant de l'aide efficiente des rouleurs bataves lors des étapes de plaines ! Or le drapeau du Grand-duché présente les mêmes couleurs que son bas pays voisin ! Les coureurs vont-ils être « amalgamés » sous une même casaque comme cela était le cas pour les « étrangers » des anciennes équipes du Luxembourg ? Pas du tout ! Les Luxembourgeois portent bien le maillot orange avec les bandes bleu, blanc, rouge vu en 1956 et 57, un écusson rouge, blanc, bleu parfois cousu sur les manches dans la bande blanche rappelant leur drapeau national… alors que les Hollandais portent cette année là un maillot orange avec les bandes rouge, blanche et bleu (des couleurs inversées aussi sur les manches) qui les distingue aux yeux d'un averti de leurs coéquipiers ! La même discrimination (avec généralisation des écussons luxembourgeois) se retrouve en 1959 alors que les Hollandais garderont désormais ce maillot en 1960 et 61 quand les Luxembourgeois auront été ces années là associés aux Suisses (maillot rouge, écusson luxembourgeois sur les manches !).

Le maillot du jour :

J'avais préparé ce maillot hier en pensant que Boogerd allait faire second à Valkenbourg… comme d'habitude ! Mais l'abandon de Valverde a modifié mes plans.

C'est donc aujourd'hui que nous fêterons le champion des Pays-Bas !



Mardi 4 juillet 2006

3ème étape : Double strike dans le Limbourg 
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  Peut-être avons-nous assisté cet après-midi au premier acte de ce que pourrait être le déroulement du « Tour nouveau » : une course alliant classicisme et retournements de situations.

Fini le peloton compact avalant sans sourciller toutes les bosses sur le grand plateau dans le sillage de la première ligne des rouleurs compresseurs des équipes de favoris.

Désormais même les côtes de quatrième catégorie du Plat Pays provoquent un éparpillement des coureurs sur la pente et l'apparition des escaladeurs en tête de gondoles ! Inévitable conséquence de la résurgence de ce phénomène : une fois le sommet franchi il est beaucoup plus difficile pour les maîtres d'équipages de rassembler leurs ouailles pour remettre en route la procession ! Certains même prêchent désormais dans le désert et doivent se débrouiller avec les moyens du bord ! N'exagérons pas : les meilleures équipes restent les mêmes… seulement ce sont désormais les deuxièmes lignes et les avants qui apparaissent aux côtés de leurs leaders quand la route s'élève. Et les autres ? Et bien ils baissent la tête et ont désormais l'air de coureurs, se battant pour garder leur place dans les roues de compagnons de fatigue et terminer en grappes épuisées dans un dernier sursaut de roue libre !

C'est ce spectacle d'éprouvants combats de tranchées qui nous a été proposé aujourd'hui sur les routes tourmentées du Limbourg. Et les péripéties de la dernière demi-heure renvoyaient pour une révision de leurs études journalistiques les scientifiques analyses des spécialistes et commentateurs prévoyant depuis la prise d'antenne une course se résumant au deux derniers kilomètres de l'Amstel Gold Race !

Dans ce contexte il convient tout d'abord de rendre hommage à tous ces combatifs tombés aux Chaussées d'Honneurs : Erik Dekker et Fred Rodriguez avant même la première charge ; Alejandro Valverde fauché par une roue alors qu'il montait en première ligne. Evidemment nous n'oublierons pas Sancho Hernandez dont la mule avait refusé tout effort supplémentaire dès le premier élan ; même son maître de la veille don Quichote de la Fuente payait la note, plus loin c'était Pineau qui se retrouvait en galère après l'avoir dépouillé de son uniforme : ces jeunes gens peuvent bien être adversaires ils n'en sont pas moins de la même race et unissaient, loin derrière le front, leurs signes de croix et leurs regards vidés pour achever le parcours ! Je citerais aussi O'Grady errant comme un automate sur le parcours qu'il aurait certainement quitté s'il n'avait pas été fléché ; Sandy Casar, enfin, ultime victime d'un portable perdu !

Quelle bataille ! Aucun de nos généraux médiatiques n'aurait imaginé autant de dégâts en si peu de temps !

Il faudra du temps pour analyser la nouvelle donne mais déjà il y a deux évidences qui sautent ce soir aux yeux de tous les amateurs de vélo : la première c'est qu'il n'est désormais plus possible, malgré son courage, de faire un Tour de France avec une fracture de l'épaule en allant même gagner une étape de montagne après avoir laissé sur place les valides. La seconde c'est que, à l'instar des Tours des années cinquante, établir une liste des principaux favoris une semaine avant le départ est une activité désormais purement littéraire et sans influence sur le déroulement sportif de l'épreuve. Pour cela les méthodes tibétaines semblent peut-être mieux adaptées : s'asseoir, se concentrer et jeter des cailloux vers une bouteille en prononçant les noms des coureurs. Vous avez ensuite le choix entre noter ceux qui auront cassés du verre ou vous lancer dans une interprétation de vos rêves !

Moi j'aime beaucoup le sport comme ça !

1968 : même sur le Tour les maillots verts étaient rouges !

Aujourd'hui parler de Mai 68 fait beaucoup rire… Un anniversaire pour pauvres baba-cool décatis !

Il y eut pourtant un Tour de France partant de Vittel à la fin du mois de juin de cette année-là alors que personne n'était encore sûr de trouver une plage sous les pavés !

Un Tour « à l'ancienne » pour la dernière fois, reconduisant une ultime édition de la formule des équipes nationales réapparue l'année précédente et pourtant combattue jusqu'au dernier moment par les responsables des équipes de marques.

Mais l'incroyable particularité de cette édition c'est que, pour la première et la dernière fois de son existence, le maillot vert du leader du classement par points fut cette année là ROUGE !

Patronné par les Sodas SIC le maillot, remporté par Franco Bitossi, était en effet rouge, épaules et manches blanches, col et parements rouges ! Une concession de Jacques Goddet aux philosophies en vogue de Marx et de Mao ? Même s'il avait bénéficié, de justesse, de la clémence des épurateurs en arguant de sa « non collaboration » avec les autorités nazies durant la guerre pour pouvoir reprendre sa place dans la décapotable d'un directeur de course du Tour de France en 1947, je doute que, sur ses vieux jours, ses convictions politiques soient allées jusque là !

Le maillot du jour :

C'est celui que j'avais fait il y a quelques jours mais qui ne se mettra pas en évidence désormais d'ici la fin de l'épreuve : le maillot de leader du ProTour d'Alejandro Valverde !



Lundi 3 juillet 2006

2ème étape : Dis-moi, à quoi rêves-tu mon Ange ?
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  Difficile quand le Tour rentre au Luxembourg de ne pas penser à lui ! Cet après-midi c'était ces souvenirs embellis de mon enfance qui se superposaient aux images de la course… Avec cette canicule, je me demandais s'il aurait fini l'étape dans le peloton, mis pied à terre comme dans la côte de Montsalvy en 59 ou jeté l'éponge, en nage, les yeux hagards, comme en Normandie au début du Tour 57…

Comme je l'aimais cette imprévisibilité avec lui !

Mais, cette année, on peut dire que, depuis jeudi dernier, cette édition 2006 ne fait pas, non plus, dans le routinier et le prévisible…

Nous avons pourtant eu droit aujourd'hui à un premier vrai sprint entre spécialistes pouvant apporter quelques informations : malgré la chaleur Boonen a beaucoup plus de mal qu'au Quatar à justifier de sa réputation d'imbattable dans les emballages finaux, McEwen sort toujours d'on ne sait où mais gagne souvent, Hushovd est encore dans une mauvaise main au point qu'il va finir par en perdre les (deux ?) pédales, Zabel est peut-être en train de nous faire une Zidane et on va s'apercevoir un de ces jours qu'on l'a un peu trop vite mis à la retraite… Reste Freire, autre diablotin qui renaîtra un jour de ses cendres ou abandonnera en se tenant le dos (au choix !), et un Bennati très prometteur !

Mais ma passion, aujourd'hui, était à nouveau espagnole ! Elle était pour ce Don Quichote de la Fuente, parti au kilomètre 0, qui s'obstinait à foncer casque baissé sur les Moulins à Pois 220 kilomètres plus loin alors que la mule de son écuyer basque Sancho Hernandez avait crié grâce une demi heure plus tôt !

En voilà un qui n'a pas volé le droit de se faire photographier demain matin avec son dossard carotte et son maillot petit pois… Pas sûr qu'il lui reste assez de lard pour qu'en fin d'après-midi, une fois la cuisson achevée, ce ne soit pas lui qui ait dégusté !

1971 : la naissance du petit cheval sans pois :

Aujourd'hui le maillot à pois du meilleur grimpeur est un enjeu majeur des luttes dans le peloton, y compris dans les étapes de plaines… Mais si le titre de meilleur grimpeur du Tour a toujours été très prisé et reste gravé dans la légende de l'épreuve le port d'un maillot distinctif est d'une arrivée très récente.

Plus encore qu'on ne l'imagine car si c'est en 1971 que l'organisation du Tour décida de distinguer le leader de ce classement patronné par les Chocolats Poulain ce ne fut pas au moyen d'un maillot mais d'un gros sticker rond représentant le poulain blanc sur fond rouge entouré d'une couronne de rayons solaires blancs…

C'est évidemment Lucien Van Impe qui inaugura ce palmarès et renouvela son bail l'année suivante…

Pour les pois il faudrait attendre les hold-up du cannibale pour que l'organisation se décide en 1975 à créer un maillot particulier qui avait l'avantage de ne plus noyer le nom du sponsor parmi d'autres et d'apparaître au moins sur le dos du second du classement s'il y avait cumul !

Le maillot du jour :

Ma foi… Je pense que nous aurons l'occasion de revoir le Saunier Duval alors on va rendre hommage à cet incroyable Australien teigneux qui, mine de rien, ne doit pas être rentré souvent bredouille quand il y avait des bouquets à aller cueillir !

P.S. : Avec cette chaleur mon logiciel me fait une insolation et refuse de travailler correctement… C'est donc en « pillant » le travail de Philippe Zingoni que je vous propose ce dessin que j'aurais l'occasion d'ici Paris de préciser !



Dimanche 2 juillet 2006

1ère étape : La main verte :

  Décidemment j'avais bien raison hier de m'inquiéter pour le futur immédiat des Crédit Agricole sur ce Tour !

Par les temps de canicule que nous traversons on peut dire que tout ce qui est du domaine Agricole n'a plus beaucoup de Crédit !

L'étape avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices : une échappée classique des Sept Mercenaires bien décidés à vendre chèrement leurs cuissards durant cent cinquante kilomètres. A peine la télé allumée voilà les vert et blanc qui se déploient en première ligne à travers près et champs, maïs et vignes, du plus bel effet visuel. Un Tour vraiment bien lancé, sans têtes d'affiches, ce qui semble toujours faire perdre à nos commentateurs leurs repères… C'est sûr qu'on a du mal à reconnaître l'ordonnancement des anciennes locomotives de sprinters qui emballaient les cinquante derniers kilomètres à une allure exponentielle. Mais il n'y a quand même pas de quoi paniquer : on retrouve seulement des tactiques oubliées, des équipes qui ne se sentent plus de mener seules cinquante kilomètres à la vitesse d'un Grand Prix de Moto GP… Un peu de suspens pour une fois !

Et c'est là que la Sorcière réapparaît pour ces malheureux agriculteurs ! C'est tout d'abord un Géant Vert qui surgit au milieu des champs de maïs pour s'en venir prendre deux secondes de bonification à neuf kilomètres de l'arrivée. C'est toujours pareil : il y a l'avant-garde du Prolétariat qui passe sa journée sur les chaînes à moudre les kilomètres et le capitaliste Américain qui vient à la fin toucher les dividendes. Voilà donc un guerrier d'outre Atlantique qui profite de son déguisement d'homme vert pour faire croire aux travailleurs des premières heures qu'il est dans leur camp et, malgré la promptitude du seul Hinault, vient récupérer son OGM sous le regard absent de la maréchaussée !

Mais le délégué syndical Norvégien ne va pas se laisser faire : le voilà qui s'apprête à faire valoir ses droits dans l'emballage final ! Et là, Sortilège encore inédit de Sa Majesté le Tour que n'aurait pas renié un Dero dans son croquis du lendemain, la Main Verte en le coupant au bras, lui coupe les jambes par la même occasion !

Décidemment le Tour nouveau ne nous a pas encore restitué toutes les émotions de notre enfance. Finis les ridicules chapeaux en papier « Vitelloise » ou « Verigoud » qu'une caravane enchantée semait sur le parcours pour nous protéger des insolations inévitables après ces heures passées en plein soleil à rêver de voir enfin apparaître nos Rois Mages ! Désormais c'est le PMU qui distribue de la main à la main ces chefs d'œuvre de mauvais goût : une pancarte géante à agiter sur le passage des coureurs afin que les visages émerveillés des spectateurs disparaissent derrière une incitation à aller voir « Un Vrai Spectacle Sportif » dans des arènes avec des animaux ! Ils n'avaient pas besoin de nous le dire ; on l'avait remarqué depuis quelques années : on achève bien les chevaux !

Et ce n'est pas le pauvre Thor Hushovd marqué dans ses chairs par le doigt du sponsor d'un maillot qu'il convoitait qui me contredira : à l'instar d'une héroïne d'Histoire d'O tout le monde sait désormais quel est son propriétaire !

1956 : La belle refonte des maillots du Tour :

En matière de maillot du Tour je voudrais vous parler ce soir « d'un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître ». Le Tour en ce temps là était l'événement sportif de l'été et de nos vacances. Nous collectionnions les images des champions dans leurs maillots de juillet trouvées dans les boîtes de fromages de « la Vache Sérieuse » : combien d'enfants doivent leur bonne santé à cette overdose de pâtes à tartiner avalées au goûter dans l'attente de la surprise contenue dans la nouvelle boîte qui attendait dans le garde manger ?

Alors comment imaginer aujourd'hui l'effet produit par cette double page dans « Paris-Match », « Sport & Vie » ou une autre publication mensuelle de l'époque présentant « en exclusivité », à la mi juin, les nouveaux maillots du Tour de France ? Une actualisation et une refonte de ces casaques de laines aux designs harmonisés, aux couleurs beaucoup plus lisibles, présentées de surcroît sur le dos de jeunes femmes souriantes posant une à une devant l'objectif du photographe.

Désormais les quarts de manches des maillots des équipes nationales reprennent les couleurs du drapeau et les cinq équipes régionales arborent de maillots unis avec deux bandes : bleues marines sur fond rouge pour les parisiens de « l'Ile de France » ; blanches sur fond violet pour le « Nord Est-Centre » (l'équipe qui gagnera le Tour avec Roger Walkoviak) ; rouges sur fond blanc pour les Bretons de « l'Ouest » (qui feront un malheur avec leur Alsacien de la dernière heure !) ; or sur fond d'azur pour les méditerranéens du « Sud Est » et verts sur fond havane pour les rugbymans du « Sud Ouest » et leur grimpeur Valentin Huot !

Un Tour nouveau était arrivé : plus coloré, plus design… un ancêtre encore prometteur de celui qui apparaîtrait 6 ans plus tard privilégiant le message publicitaire à l'esthétique de l'image ! 

Le maillot du jour : 

Il n'est pas Brésilien… C'est celui de notre petit bleu triomphant avec clairvoyance des favoris « logiques » et confirmés de toutes les dernières confrontations sur une ultime et longue ligne droite : le Cofidis de Jimmy Casper plus vif aujourd'hui que Boonen, Mc Ewen, Zabel, Freire et Valverde !  



Samedi 1er juillet 2006


Prologue : Eurosport - France 2 : 0-0 (3 t.a.b à 1) :

  C'est bientôt le départ du Tour : après la journée de la Santé (visite médicale) et la journée du Blanc (Jean-Marie ?) c'était aujourd'hui l'après-midi "veille de la Première Etape" : le Prologue. Le but du jeu dans un prologue étant bien entendu de rentrer le plus vite possible à son hôtel pour préparer le départ de la première étape du Tour le lendemain.
Il y a donc deux moyens de le réussir : soit vous êtes dans les petits papiers de l'organisation et vous faites parti des veinards inscrits en tête sur la liste des partants, soit, si vous n'avez pas cette chance, vous vous dépêchez de sprinter dès qu'on lâche votre selle sur la rampe de lancement pour en finir avec cette corvée obligatoire !
Il y a évidemment des malchanceux qui ratent tout : aujourd'hui c'était le cas de l'Allemand Sébastien Lang. Parti à 15h30 il avait toutes les chances d'être douché, massé et changé pour regarder le troisième quart de finale de la Coupe du monde de foot chez lui... Mais à trop vouloir se dépêcher il est resté une heure et demi bloqué au pied du podium à devoir attendre les derniers avant qu'on le laisse rentrer à l'hôtel sans avoir à satisfaire à des obligations protocolaires ! Résultat : il doit compter sur un nul et des prolongations pour voir jouer les adversaires potentiels de son équipe nationale en finale dans 8 jours !
Pour les téléspectateurs aussi le prologue n'est pas un spectacle très passionnant : c'est toujours la même image pendant deux heures. Je me suis levé deux ou trois fois le temps d'aller boire un verre (quand on pense que ces malheureux sportifs n'ont même pas le droit d'emporter un bidon... avec la chaleur qu'il faisait !). Heureusement, j'avais le choix entre sirop ou limonade !
Finalement quand l'image est fixe on se concentre sur le son et ce n'est pas inintéressant d'écouter les textes des gens payés pour parler pendant l'action quand il n'y en a pas (durant les étapes je les coupe en général pour me concentrer sur l'action sportive). On apprend ainsi que les anciens coureurs prennent du poids, que le Tour 2006 sera enfin un Tour "presque propre", on révise ce qui a été dit la veille et qu'on vous répète vingt fois (il paraît que les favoris ne seront pas là cette année).
A part ça pas grand-chose ! "Le classement n'a pas bougé depuis le début du reportage... mais le coureur qui vient de partir pourrait faire un bon temps... il a déjà 3 secondes de retard à l'intermédiaire... il a réalisé un prologue moyen à vingt secondes du meilleur..."
Mais nous arrivons aux trois derniers : "Si aucun d'eux ne bat le temps du meilleur ce sera lui qui aura gagné !" Zut : pendant qu'on nous parle de Zabriskie c'est Hushovd qui fait le meilleur temps ! "Mais il va le battre ! Non ? Oui ? Non ! Oui ! Il est second !".
Bon : il est l'heure d'aller voir le foot. De toute manière ça m'aura fait passer un bon moment d'humour en attendant. Demain il y a une étape et des coureurs qui vont faire une course : je pourrais baisser le commentaire à fond.
C'est Coluche qui disait ça dans un de ses sketchs les plus célèbres sur les journalistes et les informations : "Moi je dis que quand on a aussi peu de choses à dire on est autorisé à se taire !"

1967 : Le Coq Sportif fournisseur exclusif du Tour de France :

Les organisateurs du Tour de France ont toujours eu (aussi) le sens des affaires et du commerce... Ainsi lors de la reprise de la formule des "équipes nationales" en 1967 ils n'engagèrent pas de dépenses supplémentaires dans l'achat de jeux de maillots, mais passèrent un contrat d'exclusivité avec un équipementier (le Coq Sportif en l'occurrence).
C'est la raison pour laquelle tous les maillots des éditions 1967, 1968... et même à la reprise des équipes de marques en 1969 et 1970 portent de manière bien visible le triangle frappé du coq !
La marque ne manquait pas d'ailleurs de se payer une page entière d'une magnifique publicité couleur ornée de ces maillots pour s'annoncer comme "le fournisseur exclusif du Tour de France" !
Malheureusement, dès 1970, un certain nombre d'équipes (italiennes en particulier) préférèrent voir leurs coureurs porter les maillots habituels exempts de la publicité pour un autre équipementier que leur fournisseur annuel ! Ainsi les Ferretti, les SCIC et surtout les Molteni ne portent pas toujours (et même jamais pour les derniers) les maillots "Coq Sportif" aux parements nationaux commandés par Jacques Goddet si friand de ces signes d'appartenance !
Et à partir de 1971 le Coq Sportif n'était plus que le fournisseur officiel des maillots de leaders... et des maillots dont les organisateurs avaient exigés la modification des couleurs habituelles (suppression de la couleur jaune sur les manches pour éviter une éventuelle confusion avec le leader !).
Décidemment le sponsoring sportif est depuis toujours un engagement aléatoire !

Le maillot du jour :

Je vous aurais bien fait voir celui d'un de ces coureurs qui ont failli gagner... Oui ? Non ? Oui ! Non ! Il a fait 5ème ! Le leader du Pro-Tour : Alejandro Valverde. Mais ce sera pour un autre jour. Aujourd'hui c'est "Crédit Agricole" (comme j'ai pris de mauvaises habitudes je me dis que s'ils n'en gagnent pas d'autres ou qu'on ne les voit plus j'aurais l'air malin avec mon maillot déjà fait !).



Vendredi 30 juin 2006


La grande lessive

  Vous souvenez-vous de ces étapes d'anthologie ? A l'occasion d'un parcours particulièrement montagneux, d'une température caniculaire ou de conditions météorologiques cataclysmiques le peloton du Tour de France se trouvait soudainement amputé d'un nombre exceptionnellement élevé de ses participants. Le lendemain les journaux parlaient de "grande lessive" pour évoquer cet essorage radical...
Et bien, le Tour 2006 aura battu un record : c'est sur le parcours insignifiant d'une étape microscopique menant les coureurs de la visite médicale passée avec succès à la rampe de lancement du prologue que c'est produit cet écrémage inattendu.
Les spécialistes n'avaient pourtant pas manqué de noter que l'élévation de la température ambiante depuis quelques semaines semblait préjudiciable au rendement de certains favoris et de leur équipe. On avait aussi entendu d'autres observateurs affirmer que, sous des mines apparemment imperturbables, des leaders semblaient avoir très chaud. Mais depuis le coup de bluff d'Armstrong dans le Glandon il y a quelques années je me méfiais des rumeurs...
Ce sont pourtant ces oiseaux de mauvaises augures qui avaient raisons : aujourd'hui un nombre non négligeable d'acteurs prétendument essentiels et majeurs le l'édition à venir ont mis pied à terre et se sont engouffrés dans les voitures suiveuses pour rentrer chez eux abandonnant la tête basse, ou dans un dernier accès de colère contre le "mauvais sort" qui s'acharnait sur eux, les compagnons qui avaient su garder la tête froide !
Contrairement à ce que je me plaisais à imaginer hier, l'approche du départ de cette épreuve mythique ne s'accompagnerait pas de l'euphorie attendue : une sorte d'ivresse des sommets bien connue des himalayistes dont le symptôme principal est une excitation qui peut altérer le jugement ! Dans les hôtels, ce soir, point de Basso endormi sur ses deux oreilles puisqu'il avait encore 11 jours de vacances avant de se dresser sur ses pédales le 12 juillet dans le col du Soudet pour rappeler à ses camarades de turbo-promenade que c'est lui qui devait gagner ce Tour 2006. Point de Jan Ullrich se demandant pour quel nouveau Diable il allait cette année faire rouler toute son équipe avant que ce dernier ne jaillisse de sa roue arrière pour s'en aller gagner détacher les étapes de montagne. Y aura-t-il un Vinokourov imaginant Andrei Kivilev lui rappelant le vers célèbre de Molière "Mais qu'allait-il faire dans cette galère ?"...
Et les autres ? Surement une multitude de masochistes s'apprêtant à retrousser leurs manches et ouvrir leurs maillots à partir de demain, enchainés pour 23 jours à leurs bancs de galère, tirant sur leurs guidons aux rythmes imprévisibles des tambours de quelques maîtres d'équipages désormais non bioniques ? Des jeunes gens n'arrivant pas à trouver le sommeil, se frottant les yeux pour y croire en se demandant combien de jours ils vont pouvoir rester acteurs de cette Foire au Trône ambulante, de ce rêve d'enfants concrétisé. Priant vainement pour que le vrombissement de la caravane publicitaire fasse fuir loin du tracé la Sorcière aux Dents Vertes et les Géants aux Marteaux !
Vous dirais-je que devant mon clavier, je les envie de pouvoir faire de tels cauchemars ?

1958 : Quand les coureurs faisaient de la couture

Sans doute êtes-vous comme moi tantôt ébloui ou agacé par les designs complexes et les catalogues publicitaires que sont devenus les maillots de notre époque ! Il est certain qu'il y en a désormais pour tous les goûts et de toutes les couleurs...
Il en est du sport comme de bien des souvenirs humains : il y a toujours des nostalgiques voire des passéistes pour dire que "c'était mieux avant !"...
Moi il y a une petite chose que je reproche aux casaques arborées par nos champions d'aujourd'hui c'est la difficulté d'y retrouver ce petit supplément d'âme qui pouvait agrémenter les tenues nationalistes et guerrières imposées naguère par Desgrange, Goddet voire Lévitan ! Ces petits travaux de coutures qui permettaient à certains de se faire connaître, reconnaître, remarquer, voire identifier, sur les photos des numéros bistre, sépia ou noir et blanc des revues spécialisées qui nous illustraient 3 fois par semaine les fabuleuses aventures des champions du Tour de France suivies quotidiennement, de flash en flash, au rythme d'un klaxon italien, sur les ondes des radios nationales !
Qui ne s'est pas étonné du crabe qui orne les maillots d'Antonin Magne ?
Mais il y a d'autres signes à décoder qui disent la polyvalence voire l'isolement et la solitude qu'exigeait dans les années d'après guerre la condition de coureurs d'une petite nation cycliste. Ce sont les travaux de coutures des écussons et des drapeaux nationaux des Allemands et des Luxembourgeois associés aux équipes suisse ou néerlandaise ! Sur la photo de l'équipe Suisse-Allemagne du Tour 58 prise au départ de la première étape on constate que 2 Allemands sur 6 ont cousus leur drapeau national dans le bon sens (noir, rouge, jaune) sur le maillot rouge, alors que les 4 autres l'ont cousu à l'envers (jaune, rouge, noir !). Quand aux écussons luxembourgeois sur les manches des maillots des équipes mixtes Hollande-Luxembourg de 1959 ou Suisse-Luxembourg de 1960 et 61 ils devaient en posséder une provision au départ car sur les photos ils sont souvent absent dans le cours des étapes... une façon comme une autre de semer des marques qui leurs permettent de retrouver leur chemin ?

Le maillot du jour :

C'est celui du management le plus rapide à jaillir de ses starting-blocks au coup de revolver du réveil ce matin : le T-Mobile du Tour 2006 !



Mercredi 28 juin 2006


Hasta la vista Astana :
  Je ne suis pas doué pour les langues étrangères. Quelqu'un sait-il comment on dit "Au revoir" en kazakh ?
Quel gâchis ! L'année dernière Vinokourov m'avait enchanté par son esprit offensif, son courage et son acharnement jamais démenti à reprendre sans cesse son ouvrage là où il l'avait laissé quelques temps auparavant avant d'être repris et de se faire lâcher ! Kaschechkin était bien de la même trempe : des guerriers qui attaquent sans cesse et essayent à nouveau malgré l'évidence de la supériorité manifeste de la cavalerie étoilée du "Géant Jaune"... Les seuls dans le peloton à reprendre à leur compte la maxime que nous apprenions par cœur en Histoire autrefois : "Impossible n'est pas kazakh !".

Alors, quand à l'intersaison ils sont allés rassembler leurs forces sous la houlette d'un Malpoli général de service (celui qui utilisait des expressions de parties de jambes en l'air pour parler de parties de manivelles), je me suis étonné de ce choix stratégique paradoxal. Mais, dans le vélo et sur le Tour de France, ce sont les concrétisations des rêves les plus irréalistes qui tiennent lieu de miracles permanents (regardez Louison Bobet passant durant des années pour une mauviette pleurnicharde avant de remporter 3 Tours de rang dans la douleur !). Alors peut-être que les Kazakhs allaient enflammer les routes du Tour sous les roues de leurs fiers coursiers, libérer les Liberty et leurs donner de nouvelles assurances dans la technique de la guérilla en terrains montagneux ! Peut-être qu'à partir de 2006 l'herbe ne repousserait plus sur les pentes du Tourmalet, du Galibier et de l'Alpe d'Huez.
Et bien pas du tout ! Voilà le "Petit Caporal" espagnol prit, la main dans sa vareuse, en train de distribuer des billets dans les cafés et les Seguros en prenant une définitive en renonçant aux remboursements des soins médicaux !
Restait aux généraux d'industrie des confins de la steppe de sauver leur cavalerie légère afin qu'elle tonde néanmoins, le mois de juillet venu, la laine sur le dos d'un Italien sauce danoise... "Astana, s'exclamèrent-ils dans leur langue maternelle, nous voilà !"
"Hasta la vista répondit l'écho de l'ASO dans le dialecte de leur pays d'adoption !"

1948 : HD or not HD ? Les tribulations d'un paraphe célèbre :
L'avez-vous remarqué l'année dernière ? Sur le maillot qu'on offre tous les soirs au leader de la course, au milieu des logos et des affiches du Crédit Lyonnais, parmi ceux de Nike et de la société du Tour de France, juste à côté de l'année en cours, il y a un drôle de paraphe miniature : deux sigles arrondis dans lesquels les plus anciens d'entre nous reconnaîtront les lettres majuscules qu'on nous apprenait à écrire à l'encre et à la plume sur nos bureaux en bois : HD
Ce n'est même pas une devinette : évidemment c'est un hommage au créateur de l'épreuve Henri Desgrange ! Si l'évolution inversement proportionnelle de sa lisibilité sur le fond jaune par rapport aux financeurs se poursuit il devrait à nouveau disparaitre dans les 4 ans qui viennent !
Alors apprêtons-nous à lui souhaiter dans deux ans un soixantième anniversaire car il a connu bien des tribulations depuis son apparition sur la tunique dorée.
C'est au lendemain de la guerre, lors de la reprise de l'épreuve, que son successeur, Jacques Goddet, décide en hommage au Patron du Tour décédé en 1940 d'orner de son paraphe le maillot de leader à l'emplacement du cœur... Cette décision n'est pourtant pas prise à la veille de l'édition de 1947 mais pour celle de 1948. Et c'est Robic qui porte le premier maillot jaune arborant ce paraphe en tant que vainqueur sortant sur la photo de l'équipe de France au moment du départ de la première étape ! De 1948 à 1976 il reste une signature immuable du respect de la tradition... Mais, en 1977, sponsoring oblige, il émigre à droite du logo MIKO venant rafraichir le cœur ! Deux ans plus tard, en 1979, il est absorbé dans le premier logo de la Société du Tour de France avant de disparaître avec lui lors de son changement dans le cours du Tour 1983.
Mais, "miracle", il réapparaît vingt ans plus tard à l'occasion du Tour du Centenaire sous la forme que nous lui connaissons actuellement : un rappel historique du paraphe de son créateur au bas d'un emblématique logo de la prospère société qui lui a succédé !

Le maillot du jour :
C'est évidemment celui que l'on ne verra (peut-être) pas sur le Tour de France : l'Astana - Würth 2006 !

 


Humeur noire...

Il y a six mois, je réfléchissais aux supputations des milieux médiatiques sportifs concernant le déroulement et l'issu du futur Tour de France un an après la disparition du phénomène Armstrong.

J'envisageais un combat incertain entre les outsiders connus depuis ces deux dernières années Ullrich, Basso, Vinokourov voire Landis, Leipheimer, Menchov et Savoldelli avec la possible émergence d'espoirs affirmés comme Valverde, Gomez Marchante voire Popovych (dont le talent me semble depuis le début surévalué). Mais, à mes yeux, le champion en devenir restait Cunego sur ce qu'il avait montré depuis ses débuts. S'il venait au Tour pour le gagner il devrait avoir le plus de chance d'y parvenir !

Six mois après que reste-t-il de ces prédictions ? Eh bien, justement, que le milieu cycliste reste immergeable dans un tsunami d'inquiétants illogismes !

Le Giro promettait d'être difficile et passionnant : qu'y ai-je vu ?
1) Un Basso soudain "miraculeusement" reformaté aux côtés d'Indurain et d'Armstrong dominant sans la moindre difficulté et dès le départ l'ensemble du peloton et dont pas un adversaire ne pouvait prendre ou rester dans la roue dès qu'il avait décidé de gagner. J'ai horreur des suspicions et des intentions malveillantes mais je n'étais pas très bien avec le fait que l'on voit courir Basso depuis des années, que l'on connaît au moins depuis 5 ans l'extrême qualité de son potentiel (y compris celui de gagner un grand Tour, y compris le Tour de France), que c'est la 3ème année qu'il est dirigé par Riis un homme dont l'intelligence et les qualités sont indéniables mais là... ça avait quelque chose de la soudaine "arrivée à maturité" de Bjarne dans le Tour 96 à 32 ans et de sa démonstration dans la montée d'Hautacam (que je connais bien). On peut dire ce que l'on veut sur le "dopage" mais quand on fait le rapport entre la différence de puissance et de capacité physique qu'il dégageait ce jour-là dans l'ascension et les photos de son visage à l'arrivée moi ça me fait peur... Je repense toujours à Simpson et je me dis que rien ne vaut la peine pour le sport de faire ça !
2) Tous les favoris en "panne de carburant" dès que le rythme s'élevait d'un cran ! Je ne parle pas de Di Luca qui est l'un des rares que j'ai trouvé à son niveau réel : l'année dernière dans l'euphorie de son début de saison il s'était élevé au niveau des principaux favoris ce qui était un réel et talentueux exploit, sans sa crevaison dans la descente du col du Fenestre, il aurait même pu faire mieux (et probablement gagner Simoni !) mais là il se battait avec la volonté et la résistance de l'outsider qu'il était pour moi. Je ne parle pas non plus de Savoldelli aussi à son niveau. Non, je parle de Simoni se garant sur la droite dès que Basso contrait une attaque alors que Piepoli semblait à 35 ans être le seul à pouvoir suivre Superman s'il le désirait... De Cunego désormais au niveau (excellent) de Di Luca alors que 15 jours avant il dominait le Tour des Apenins comme en 2004 ! Dans ces conditions il n'est pas besoin d'imaginer un quelconque suspense pour le Tour.

Restait à voir ce qu'il en était de l'autre groupe des favoris : ceux qui avaient choisi de préparer le Tour sur les routes du Dauphiné et du Tour de Suisse ! Et là-dessus nous arrive une énième et en rien "surprenante" affaire de pseudo "médecins" du sport, Espagnols cette fois (il y avait eu la génération des Allemands de l'Est, des Danois, des Italiens et maintenant des Espagnols...) où on nous raconte que TOUS les champions cyclistes en vogue du moment s'intéressent désormais à la paëlla après une génération d'amateurs de pizza ! Et c'est reparti pour les figures habituelles du quadrille :
- comme par hasard il s'agit de gens en relations "privilégiées" avec des membres de l'encadrement des ex équipes Kelme et Sainz (des gens qui ont toujours évidemment protestés de leur totale innocence depuis dix ans chaque fois qu'il y a eu des faits sportifs "troublants" concernant leurs coureurs... et il y en a eu !).
- tous les Espagnols sont sur la liste (secrète évidemment) de la police... SAUF Valverde (tiens !). Il a été formé dans quelle équipe ce virginal champion que j'aimais pourtant beaucoup (ça commence à m'inquiéter sérieusement mon admiration pour les battants sur le vélo qui tombent tous depuis dix ans dans les traquenards des affaires : de l'équipe Festina à David Millar en passant par Laurent Roux et Tyler Hamilton) ?
- T-Mobile s'inquiète et interroge ses coureurs : Ullrich ne connaît personne en Espagne et Sevilla (un coureur que j'aime bien aussi depuis longtemps) n'a jamais eu connaissance de traitements de ce type dans les conseils de préparation que lui ont donné ces médecins depuis qu'il les connaît (il a été formé dans quelle équipe en Espagne ?).
- Phonak qui a entendu la sonnerie d'alarme grâce à une nouvelle génération d'aides auditives préfère demander à Botero et à Gutierrez Cataluna (un coureur qui vient enfin "d'arriver à maturité" dans le Giro à 32 ans) de rester au vert loin de leurs formations sur les épreuves du Pro Tour afin d'éviter de devoir essuyer de nouvelles publicités type Hamilton, Gonzalez Capilla, Bayarri (un de ces champions qui éclosent de nulle part une année et terminent toutes les épreuves auxquelles ils participent dans les derniers les deux années suivantes en attendant de " retrouver leurs sensations" comme l'a si bien dit Mayo à l'arrivée de l'étape d'hier du Dauphiné). Décidemment depuis qu'ils ont récupéré l'encadrement d'une équipe espagnole (devinez laquelle) ils ont la poisse !
- Liberty Seguros qui a déjà perdu un Champion historique l'année dernière (le recordman des victoires dans le Tour d'Espagne, un coureur qui n'arrivait plus à maturité qu'au soleil espagnol de septembre depuis quelques années... un coureur formé dans quelle équipe ?) plie ses gaules et va assurer sa publicité ailleurs...
- Et tous ces gens protestent de leur droit de courir le Tour de France, y compris Peccharoman, la dernière recrue de l'ex Kelme, ce coureur que j'avais vu en direct gagner 4 étapes de suite à l'Euskal Bizikleta 2003 sans même s'arrêter entre, avant d'être incapable de suivre quiconque les 2 années suivantes (encore un malheureux dont les problèmes de santé avaient empêché la révélation des extraordinaires talents lors de son passage chez les pros) ! Je commence à m'angoisser pour Velasco Contador, le dernier phénomène en devenir !

L'année dernière quand Vinokourov, Kaschechkin et consort avaient choisi d'aller faire équipe chez Sainz je m'étais bien pourtant demandé quelle mouche les avait piqué de s'allier avec cet encadrement !

Arrive le Dauphiné et je ne comprends plus rien au déroulement de la course : c'est au tour de Vino, Kaschechkin (les leaders de chez Sainz) et Landis (leader de chez Phonak) de tomber en panne d'essence (en perte des sens ?) dès que la route monte, eux qui "réservaient" leurs forces pour cet objectif de la fin juin. Valverde lui, dans les mêmes conditions, se gare sur la droite scotché à la roue de Pereiro (récemment formé chez Phonak), le Piepoli de service, une roue pas mauvaise puisque Hesjedal le meilleur Phonak s'y scotche aussi 2 jours de suite pour réussir ses meilleures performances...
On peut aussi y suivre les nouvelles séances d'essais de l'ex super-proto Euskaltel Mayo : un jour au (faible) niveau diesel qui est le sien depuis deux ans, le lendemain en version injection après une chute qui a certainement débouché son carburateur ou permis de retrouver les drivers de 2003 ! J'en viens à adorer Moreau et Mancebo qui se fatiguent pour faire la course en tête !

Est-ce moi qui suis devenu trop vieux et ai perdu le regard de mon enfance quand tout le monde disait sur la course et dans le peloton qu'il arrivait que des coureurs "salent la soupe" et que personne n'était dupe quand l'ingestion de poisson "pas frais" ou les insolations décimaient le peloton en montagne les jours de grosses chaleurs ?
Ou alors le professionnalisme des encadrements sportifs fait désormais qu'il s'agit vraiment de troupeaux d'humains recrutés et sélectionnés en vue d'assurer la satisfaction de nos plus bas instincts, "du pain et des jeux", passivement gavés de bières et d'images, devant la télévision ?

Il ne manquerait plus dans cet univers déprimant en déficit d'humanisme qu'ils nous pervertissent aussi les notions d'effort et de plaisir !

Jean-Louis Bey


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Fichier mis à jour le : 1/02/2013 à 19:06

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