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Interview de Lucien Didier26 juin 2019  

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Lucien Didier : "On a vécu tellement de grandes choses chez Renault"

Lucien Didier fut de toutes les conquêtes de Bernard Hinault du temps de Renault. Il revient sur cette collaboration et sur son statut de coureur luxembourgeois.

Propos recueillis par Antoine Riche (le 23 juin 2006)

"PAS FACILE DE DEVENIR PRO"

Etait-il difficile de passer pro à votre époque quand on était Luxembourgeois ?
Oui, à l'époque c'était assez difficile, en général. Je voulais passer professionnel et j'avais un contact pour aller chez Peugeot, mais on m'avait dit : "Même si c'est Eddy Merckx, pour le moment nous ne prenons personne". Ce n'était donc pas si facile de rentrer dans le milieu des professionnels.


Comment avez-vous finalement réussi à franchir le pas ?
J'étais soutenu par le comité olympique luxembourgeois pour participer aux Jeux-Olympiques, où seuls les amateurs participaient à l'époque. Le comité m'aidait financièrement pour m'acheter du matériel. Après avoir participé aux JO de Montréal en 1976, et comme j'avait tout de même 26 ans, je me suis dit : "Soit je passe pro, soit j'arrête le vélo.".
Je ne voyais pas vraiment d'intérêt à continuer ce que je faisais car je gagnais pratiquement toutes les courses auxquelles je participais. Je n'avais pas vraiment de plaisir à remporter ces petites courses régionales.

Comment avez-vous été engagé dans l'équipe belge Ijsboerke ? Le président de la fédération luxembourgeoise de l'époque, M. Esch, connaissait bien les gens de l'équipe. J'ai fait leur connaissance sur un cyclo-cross, car à l'époque je faisais pas mal de sous-bois. Au fur et à mesure des contacts, j'ai obtenu un contrat d'un an.

L'année suivante, vous êtes engagés chez Renault...
Lors du Midi-libre et du Tour de l'Aude 1977, qui se déroulaient à la même période, je marchais très très fort. Je sortais d'un Tour de Luxembourg que j'aurais pu gagner, mais mes équipiers belges ne m'avaient pas vraiment soutenu. Je marchais donc très bien et quand Guimard, le directeur sportif de Renault, m'a vu dans les bosses, il est entré en contact avec moi. J'ai ainsi rejoint cette équipe l'année suivante.

"FAIRE GAGNER BERNARD"

Les observateurs de l'époque jugeaient l'équipe de Hinault assez durement, la considérant comme faible. Quel était votre sentiment à l'intérieur de l'équipe ?
(Silence) Vous savez, on a quand même réussi à lui faire gagner quatre Tour de France avec cette équipe. On étaient sûrement pas les plus forts, mais dans le final, il avait toujours autour de lui trois ou quatre gars, pas toujours les mêmes, pour lui donner un coup de main.
Plus tard, on a eu Fignon ou LeMond dans l'équipe qui ont fini tous les deux sur le podium du Tour. Mais avant, on avait Villemiane ou Boyer qui étaient forts. Villemiane a été champion de France, mais c'est sûr que ce n'étaient pas des coureurs qui pouvaient gagner le Tour de France.
On n'avait qu'un but : faire gagner Bernard. On se donnait à fond pour un bonhomme, c'était lui. Il pouvait compter sur nous sur toute la saison.

Quel était votre rôle dans l'équipe ?
Je devais me réserver pour les ascensions et faire le travail dans les cols.

Quelles relations aviez vous avec Hinault ?
Dans l'équipe, c'était un vrai copain. Même si c'était un champion, il savait donner à ses équipiers. Il savait côtoyer ses gars, il ne levait jamais le ton. A table on était une bande de copains avec notre leader. On était toujours à dix à table. Quand on faisait quelque chose, c'était toute l'équipe qui le faisait ou personne.
Il était comme ça et je trouvais ça vraiment bien.

"CE N'ÉTAIT PAS DE LA RIGOLADE"

En course essayait-il de vous renvoyer l'ascenseur ?
Pendant le Tour, le Giro ou la Vuelta, on se donnait à fond pour lui. On faisait 130 à 140 jours de courses par an, les courses à étapes, les classiques... Ce n'était pas de la rigolade. Mais sur les courses de moindre envergure, sur lesquelles il n'avait pas d'ambition, il essayait de faire gagner un de ses équipiers.
Personnellement, j'ai gagné deux fois le Tour de Luxembourg (1). Une année [1979 NDLR] Bernard avait le maillot de leader et il m'a laissé gagné la dernière étape et le classement final. Il ne roulait pas derrière, mais si il avait voulu il aurait pu le faire.
Quand on faisait une course dans la région d'un coureur, il lui disait : "on vient ici pour te faire gagner". Lui aussi roulait à bloc pour le gars. Si on ne gagnait pas ce n'était pas la faute de Bernard.

Avez-vous eu des regrets de ne pas rouler pour vous plus souvent ?
Non pas du tout.

"ON A FAIT DE GRANDES CHOSES DANS CETTE ÉQUIPE"

Avez-vous un souvenir marquant d'une course avec Hinault ?
(Silence) Dans une telle équipe, on a vécu tellement de grandes choses que c'est difficile d'en détacher une.
Je me souviens cependant d'un Tour d'Italie où Villemiane faisait tous les sprints des points chauds. Il y avait tout de même une Fiat Panda à gagner. Un jour Cyrille Guimard est venu nous voir et il dit : "Ecoutez, les gars, là il y a un point chaud et tout de suite après une côte très dure. On va faire semblant de jouer le sprint pour Villemiane, mais ensuite vous embrayez à bloc.". Vingt kilomètres avant il est revenu nous voir, mais tout était prêt. Villemiane a pris les points, mais les Italiens ne se doutaient pas qu'on allait commencer la course à ce moment. On était neuf gars en tête et Hinault en 10e position. On roulait à fond la caisse et quand Bernard est sorti, il a éparpillé tout le monde. Seul Panizza a réussi à le suivre. Hinault a gagné l'étape et Panizza a pris le maillot rose.
Deux ans après nous sommes passés au même endroit et les Italiens s'en souvenaient. Tout le monde faisait attention et personne ne voulait être surpris. C'est une chose que ne marche qu'une fois, mais qui marque.
Mais on a fait de grandes choses dans cette équipe.

Aviez-vous les mêmes relations avec Fignon qu'avez Hinault ?
Nous étions en très bons termes. Fignon et Hinault, c'était deux hommes différents. Bien qu'ayant une tout autre mentalité, Fignon n'en était pas moins très correct avec ses coéquipiers.
Personne dans l'équipe n'avait de problème que ce soit avec Hinault, Fignon ou LeMond. L'ambiance était vraiment super. Ensuite, avec l'introduction des points FICP (2), l'ambiance a changé. Quelques années après m'être retiré des pelotons, j'ai discuté avec Fignon qui m'a dit : "Tu as bien raison d'avoir arrêté, car l'ambiance a vraiment changé".
Avec un tel classement, les places obtenues, et donc les points, se traduisaient en salaire. A notre époque, on roulait pour le leader et basta ! On pouvait finir l'étape tranquillement à partir du moment où on avait fait ce qu'on nous demandait. Les 30 derniers kilomètres, si on était là tant mieux, mais il fallait en garder pour le lendemain.

"ON ARRIVAIT A SE SURPASSER"

C'était donc "Tout pour le leader"...
Oui, mais on gagnait tout de même des étapes. L'année où Bernard n'est pas là, en 1983, et même si certains disaient qu'on était une petite équipe, on a gagné six ou sept étapes avec d'autres coureurs. On était motivés.
On est jamais sûr de gagner, mais là on était dans une équipe où on partait pour gagner. On avait tout le poids de la course à supporter, et sans oreillette.

A chaque fois que vous avez participé à un Grand Tour, un de vos équipiers l'a remporté. Comment expliquez vous cela ?
On était vraiment motivés. Individuellement, on était des coureurs "moyens", mais on arrivait à se surpasser.
Je suis passé professionnel assez tard car je faisais mes études. J'ai fait un choix. Quand on a un coureur dans l'équipe qui a 90% de chances de l'emporter, il ne faut même pas regarder son propre résultat.

Quel regard portez-vous sur le cyclisme luxembourgeois et ses champions anciens et actuels ?
J'ai croisé Nicolas Frantz quelques fois. Un jour lorsque je m'entraînais, j'ai eu un accident et je suis allé à son magasin de cycles et il a remplacé mon dérailleur. J'ai discuté avec lui chez mon beau-père, Bim Diederich. J'ai une photo où je suis assis à coté de Frantz et où Laurent (3), mon fils qui ne devait même pas avoir un an, est sur ses genoux.
J'ai bien connu la génération des années 1950 avec Marcel Ernzer, Charly Gaul... Charly Gaul a couru sa dernière saison quand j'ai commencé le vélo. On s'est retrouvé ensemble au départ lors d'un inter-club. Je m'en souviens très bien.
Au Luxembourg, le vélo a pas mal de résultats et là les cyclistes reviennent très très fort.

(1) En 1979 et 1983
(2) Le classement FICP était l'ancêtre du classement UCI et fonctionnait sur le même modèle.
(3) Laurent Didier est actuellement coureur dans l'équipe continentale Regiostrom-Senges.

Photo : Lucien Didier sous son premier maillot Renault
Crédit : Carte postale Renault-Gitane sur wielerarchieven.be


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Fichier mis à jour le : 1/02/2013 à 19:06

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