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Le Vicomte conteur27 juin 2019  

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Le Vicomte conteur

Jean Pierre Douçot a bien connu Jean de Gribaldy. Amateur 1ère catégorie, il a couru dans son équipe. Puis il a été mécanicien dans ses équipes professionnelles. Récit d'un personnage.

Propos recueillis par Dominique Turgis

J'ai fait des kilomètres et des kilomètres avec lui en voiture. C'est pendant ces trajets qu'il nous racontait ses histoires. C'était souvent les mêmes mais c'était un conteur extraordinaire. On aimait l'écouter. Jean De Gribaldy est né en 1922. Son père était un aristocrate paysan. Sa ferme des Seingnes en la commune des Gras, à côté de Morteau, était à cheval sur la frontière franco-suisse. Dès le début, il n'a rien fait comme tout le monde ! Il a toujours gardé un lien avec la Suisse dans ses équipes.

Anti-diplômes

Ses parents venaient de Savoie mais je crois qu'il a rajouté un "y" à la fin de son nom. A douze ans, il a subi une forte fièvre pendant cinq-six jours. Le médecin ne donnait pas cher de sa peau. Il s'en est tiré et il m'a raconté que quand il s'est réveillé, ses cheveux, raides avant sa maladie, sont devenus ondulés, crantés. Il est rentré à l'école d'horlogerie et il nous disait toujours "J'en suis sorti le premier". Il voulait dire qu'il en était parti au bout de quelques jours. Il ne supportait pas l'école. D'ailleurs il était contre les diplômes, contre les docteurs ou kinés diplômés. Il était même contre les institutions, les impôts, la police, la fédération.

A cheval sur le régime

Il est parti de l'école mais c'était un autodidacte. Il avait senti dès le début des années 60 l'importance du régime alimentaire pour les coureurs, même pendant l'intersaison. Il était très sévère là-dessus. Il a aussi compris avant les autres que la coupure hivernale ne devait pas être trop longue.

La réussite de son magasin

Il avait aussi appris à jouer de l'accordéon. D'ailleurs, il sifflait tout le temps des airs d'accordéons. Par exemple, comme il dormait très peu, son passe-temps favori c'était de monter des roues, la nuit, en sifflant. Il était fier de ce qu'il avait réussi. Parmi ses réussites, son magasin à Besançon ouvert en 1947 à son retour du Tour de France et qu'il a baptisé : "Au Tour de France". Sur la vitrine, il y avait une grande photo de lui en train de passer un relais à Coppi dans la montagne. Elle m'impressionnait cette photo. Tout Besançon venait acheter son électroménager chez lui : réfrigérateurs, machines à laver, télévision. Mais il vendait aussi des vélos, des accordéons et il avait même une licence pour un bar. Les ouvriers venaient boire un coup après le boulot.

Voiture et avion

Il faisait beaucoup de kilomètres en voiture, souvent la nuit, souvent pour remonter à Besançon pour suivre son magasin. Mais il était aussi fou d'aviation. Il pilotait son petit avion personnel. Ensuite, il a été le premier à transporter les coureurs dans un avion de neuf places piloté par un moniteur.

On l'admirait

Il était très généreux... C'est lui qui a relancé le vélo en Franche-Comté au tout début des années 60. Il a monté sa première équipe d'indépendants avec des Franc-Comtois et des Suisses. Quand j'ai débuté, il nous emmenait faire du ski à Megève, alors que je sortais de ma campagne. Quand nous sommes arrivés, toutes les chambres étaient prises. Nous avons dormi dans les couloirs mais on s'en foutait. On l'admirait, Monsieur de Gribaldy. Quand il était jeune coureur, il avait eu le culot d'aller disputer des grandes courses l'extérieur du comité quand les autres indépendants restaient à se partager la monnaie en Franche Comté. Avec nous, c'était pareil. Il nous emmenait courir les classiques parisiennes. Mais c'était une faveur qu'il fallait mériter. Avant de partir avec lui le samedi midi, on avait déchargé toute la semaine des camions de frigos italiens ou de télévisions Grammont pour son magasin.

"J'ai une course à faire"

On ne pouvait rien lui refuser. Parfois, j'étais à nettoyer mon vélo au magasin ou je sortais du boulot. Il me demandait : "Tu fais quelque chose là ?" "Non" "Tu veux me conduire, j'ai une course à faire" "Oui" . Et me voilà rendu à rouler vers la Belgique pour aller chercher des cadres ou vers l'Italie pour aller chez Campagnolo.

Ami des vedettes

Il avait beaucoup de relations avec le milieu du spectacle et il aimait bien entretenir le mystère là-dessus. Le mystère, l'entourait et cela nourrissait les rumeurs les plus folles à son sujet à Besançon. Par exemple, Johnny Halliday venait chez lui. Je ne sais pas comment ils se sont connus. De Gribaldy organisait des concerts de Johnny à Besançon. Les bénéfices servaient à renflouer les caisses de son équipe. Je participais au cordon de sécurité entre la scène et le public. Il était aussi ami avec le directeur du théâtre de Besançon, le père de Claude Nougaro. Jacques Brel aussi était un de ses amis. Au point que, quand le magasin de Besançon a brûlé, Brel lui a dit : "Je te prête de l'argent pour redémarrer mais pas besoin de me rembourser." Il avait sa bouteille de whisky réservé au Moulin Rouge mais il n'avait pas le caractère du "showbiz". Il était croyant et pudique. Dans les hôtels, il dormait toujours seul dans sa chambre.

Généreux

Il était aussi très misogyne, comme on l'était à l'époque. Il ne voulait pas que les femmes approchent de l'équipe pour éviter des situations équivoques et des tensions dans l'équipe. Il ne faisait rien comme les autres. Il était très généreux. C'est parce qu'il était généreux qu'il a fait passer pro plein de coureurs, pour leur donner une chance. Il répétait souvent : "Si tu veux, tu peux être champion du monde." Certaines années, il a vendu des parcelles de la ferme familiale pour faire boucher les trous et faire tourner son équipe. Vous trouverez au moins cent personnes qui pourraient parler de Jean De Gribaldy. Seuls, quelques-uns se sont inspirés de son génie. Fallait-il avoir eu, comme lui, la chance d'avoir à diriger des hommes qui avait choisi de faire du cyclisme leur passion ? Certains disent qu'il était capable du pire, moi je n'ai connu que le meilleur. Jean De Gribaldy est décédé en 1987 dans un accident de voiture.


Crédit : Jean Pierre Douçot


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Fichier mis à jour le : 1/02/2013 à 19:06

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