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Portrait de Benjamin Javaux (Bel)18 juin 2021  

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Benjamin JAVAUX
né le 3 mars 1894 à Neffe (Anseremme)
décédé le 17 octobre 1953 à Anseremme

Benjamin Javaux connaît une enfance douloureuse. Son père se noie dans la Meuse, en tombant du remorqueur dont il était le capitaine et cela peu de temps avant la naissance de celui à qui, en souvenir du disparu, on donnera le même prénom. Benjamin est le deuxième fils de la famille. L'année durant laquelle Benjamin Javaux fait ses débuts dans le cyclisme sur route n'est pas connue de façon précise. Toutefois, il doit vite abandonner le sport pour effectuer son service militaire qui allait se poursuivre avec la première guerre mondiale.
C'est ainsi qu'à l'âge de 20 ans, à l'entame de ladite guerre, Benjamin est observateur d'artillerie au fort de Dave. Le fort tombe rapidement à l'ennemi. Benjamin se sauve et rejoint Neffe en habits civils où il apprend que 4 membres de sa famille dont sa mère, ont été fusillés par les Allemands, lors des massacres du 23 août 1914 à Dinant. Benjamin décide dès lors de gagner la Hollande et de passer en Angleterre où il est incorporé au "13th Belgian Field Artillery" pour revenir dans le saillant d'Ypres (8 chevrons de front) jusqu'à l'Armistice. Son frère aîné, Eugène, après des études à l'Athénée de Dinant, était devenu comptable aux pneus Englebert à Huy, il s'engage comme volontaire de guerre et est tué à la Boucle de Tervaete (Flandre). A son retour de guerre, à Anseremme, Benjamin n'a plus de famille. Il est donc recueilli par la famille Fabry de l'hôtel de la Gare. Il décide de se relancer dans le sport cycliste.

En 1919, sociétaire de la Pédale Dinantaise, en tant qu'indépendant, il décroche son premier bouquet à Bruxelles-Hoboken. Il s'illustre au circuit des Champs de Batailles à Paris. Il reçoit une magnifique coupe en bronze (7 kg) offerte par "Le Petit Journal". Entre-temps, Benjamin passe professionnel.

En 1921, à l'issue d'un sprint, Benjamin se classe deuxième derrière Marcel Buysse, de Paris-Dinant. Il est fêté par les édiles communaux de l'époque. Pour sa brillante performance, Le "Miroir des Sports" le présentera comme la révélation du début de la saison 1921 et retiendra son nom parmi les hommes à surveiller pour le Tour de Belgique. Benjamin ne démentira pas les propos du "Miroir des Sports", effectuant un très beau début de Tour de Belgique. Une blessure au genou viendra malencontreusement le contraindre à l'abandon dans la 5ème étape vers Spa, après une lourde chute consécutive à un bris de pédale. Quelques semaines plus tard, inscrit dans la catégorie des coureurs de deuxième classe, Benjamin prend part à la Grande Boucle qui comporte 15 étapes totalisant 5484 kilomètres. Il porte le dossard 21. Lors de la 12ème étape, qui relie Genève (Gex) à Strasbourg sur 371 km, Benjamin, après une chute, constate que le tube de son cadre a lâché à la soudure et la fourche de son vélo est faussée... Nous sommes à une vingtaine de kilomètres de l'arrivée. Mais laissons Jean, son fils, nous narrer le récit des derniers kilomètres de cette étape. Le texte de ce haut fait de course est présenté ci-contre. Avec ce texte, Jean Javaux a été retenu, en 1997, parmi les lauréats du concours "L'Exploit du Siècle" organisé par la Maison de la Francité.
"Le ferment du courage - Après une brève incursion dans le pays de Guillaume Tell, le Tour est rentré en France aujourd'hui".
"Tous les organismes sont éprouvés, cela se distingue aisément dans la caravane et on le comprend quand on sait quelle somme d'efforts sévères les coureurs ont dû produire tout au long de ce Tour qui n'en finit pas, couronné par la dernière grande étape alpestre au cours de laquelle furent escaladés, successivement, les cols de Lautaret, du Galibier, du Télégraphe et des Aravis avec un intermède dans la haute vallée de la Maurienne... Enfin, en nous dirigeant vers l'Alsace par le Doubs, nous tournons le dos aux Alpes et personne ne s'en plaindra ! Devant nous, le peloton roule tranquillement... Les escarmouches qui fusent habituellement en tête, dès que l'on se rapproche d'une arrivée au relief peu accidenté, tardent à se produire et nous le comprenons d'autant mieux que nous sommes, nous aussi, fatigués par les dernières étapes de haute montagne ! Le Tour arrive à son terme et dans peu de temps, nous serons enfin au Parc des Princes à Paris ! Alors que nous traversons un village, peu après Schlestadt, une chute vient de se produire dans le peloton... Nous arrivons sur les lieux dans un crissement de freins, les gens s'écartent tandis qu'un coureur se relève, la cuisse et le coude gauches profondément éraflés... Mû par un réflexe, il remonte en machine mais s'aperçoit aussitôt que quelque chose ne vas plus dans la mécanique. Un tube de son cadre a lâché à la soudure et la fourche est faussée. Il n'en peut poursuivre ainsi. Déjà, il a mis pied à terre et s'informe où trouver un vélo d'emprunt, car il veut à tout prix terminer l'étape et le Tour, mais il sait aussi qu'il devra présenter son vélo porteur du plomb officiel de l'organisation aux commissaires de course, une fois la ligne d'arrivée franchie. Les larmes aux yeux, pitoyable, il traîne derrière lui sa bicyclette brisée et scrute parmi les gens qui pourrait l'aider à rallier Strasbourg encore distant d'une vingtaine de kilomètres. Il ne se soucie guère du sang qui se mêle à l'embrocation et à la poussière de la route sur le haut de sa cuisse que découvre son cuissard déchiré. Nous sommes témoins de la scène et l'image pathétique de cet homme désemparé, blessé, livré à lui-même dans l'infortune qui l'accable au bord d'une route inconnue, nous gêne et j'évite de croiser son regard dans lequel se lit une immense détresse. Je le devine hanté par le spectre hideux de l'abandon maintenant que le peloton est déjà loin et que les derniers officiels sont passés, maintenant, pourtant, que le plus dur était fait pour lui. Mais voilà que surgit, de la double rangée de spectateurs, un jeune homme qui pousse son vélo devant lui : "Tenez, Monsieur, dit-il, en proposant sa bicyclette, j'irai la chercher à Strasbourg, bonne chance". Interloqué, n'osant y croire, le coureur comprend enfin qu'il va pouvoir poursuivre sa route et il saisit la main de cet homme charitable que la providence a mis sur son chemin ! L'Instant est poignant et mon chauffeur et moi, nous nous souviendrons longtemps de ce "merci" entendu parmi les exclamations des curieux qui nous entourent. Déjà le coureur a ouvert la sacoche de son vélo et se saisit d'une clef à l'aide de laquelle il a tôt fait de remonter la selle de sa nouvelle monture, puis il enfourche la bécane et d'un grand geste, il charge le fardeau de son vélo brisé par-dessus ses épaules. Enfin, après un sourire qui en dit long au brave qui l'a dépanné, il reprend la route et ses premiers coups de pédales déchaînent les applaudissements. Le chauffeur de la voiture vient de remettre le moteur en marche, mais mon choix est vite fait : nous ne remonterons pas le peloton pour assister à l'arrivée du vainqueur d'étape car, dans mon esprit, si cet homme réussit dans sa courageuse entreprise, ce sera un peu lui le héros du jour ! C'est donc lui qu'il nous faut suivre pour qu'il se sente moins seul à lutter, maintenant que la foule, peu à peu, va quitter les bords de la route, croyant les derniers coureurs passés. Malgré la difficulté de rester bien en ligne avec un vélo accroché aux épaules, le porteur du dossard 21 garde encore une bonne allure. De temps en temps, sa main droite quitte le guidon et saisit le cadre qui lui meurtrit le cou pour le remonter un peu. Nous sommes maintenant parvenus aux portes de Benfeld, mais la traversée de la rue principale en pavés est un véritable supplice pour l'homme qui tressaute devant nous sur sa machine d'emprunt. Les gens, éberlués, l'encouragent, puis applaudissent. A la sortie de la ville, nous nous portons à sa hauteur pour l'encourager à notre tour, car son allure a fortement faibli. Plus que 5 kilomètres, lui lançons-nous au passage, nous t'attendons à l'arrivée... Bravo ! Malgré sa douleur, l'homme parvient encore à nous adresser un sourire ! Strasbourg est proche maintenant. Encore quelques bornes de méchants "nids de poule" à éviter pour ne pas aggraver son calvaire, puis, pour lui, ce sera la délivrance ! Sur la ligne d'arrivée, nous nous empressons de prévenir les commissaires que le "21" n'a pas abandonné, qu'il va arriver d'un moment à l'autre, dans les délais. Et voici qu'une clameur s'élève de la foule qui déambule à présent sur les lieux où se disputait l'arrivée. Là-bas, dans la direction des coups de sifflets qui se font entendre, nous voyons apparaître un vélo, "son vélo" qui paraît glisser en ondulant par-dessus la masse du public. C'est Javaux qui arrive, précédé de gendarmes qui courent pour lui ouvrir la route jusqu'à la ligne d'arrivée, au terme d'un effort fantastique et douloureux, acclamé par des spectateurs qui n'en croient pas leurs yeux ! En le voyant mettre pied à terre, la ligne enfin franchie, la figure ravagée par la fatigue et la douleur qui lui brûlent l'épaule et la nuque, je pense à Eugène Christophe réparant sa fourche brisée dans une vieille forge perdue au fond d'une vallée des Pyrénées et je me dis que c'est avec des hommes tels que ceux-là, avec leurs actes et leur détermination, que s'est construite la légende du Tour de France. Le Tour, école de volonté, le Tour qui a donné, qui donne et qui donnera encore demain, à tous ceux qui le disputent, le ferment du courage !".

Avec un vélo d'emprunt, en portant sur le dos le sien devenu inutilisable, Benjamin termine, seul, cette étape à une brillante 12ème place à 29'12" du vainqueur, le Français Honoré Barthélémy, après 15h37'05" de selle.  Vu les évènements tragiques que Benjamin avait connu durant sa jeunesse, on comprend peut être mieux dès lors la volonté farouche qu'il avait à terminer une épreuve aussi prestigieuse que le Tour de France, alors qu'il n'avait encore aucune ressource pour poursuivre la carrière de cycliste professionnel qu'il avait choisi. A Paris, à l'issue de la Grande Boucle, Benjamin termine à la 21ème place à 25h25'34" du vainqueur, un autre namurois, Léon Scieur et 10ème du Grand Prix de la Montagne. Quelle coïncidence, nous sommes en 1921, il portait le dossard 21 et termine à la 21ème place ! Au classement final des coureurs isolés, il termine à la 12ème place. Au retour de son brillant Tour de France, Benjamin est fêté par la ville de Dinant. C'est ainsi qu'à sa descente de train, il est emmené en calèche jusqu'à l'hôtel de ville. Il est reçu par les édiles communaux et se voit offrir une montre à gousset en or 18 carats. Ce trophée nous a été prêté aimablement par Jean Javaux.

En 1923, Benjamin enlève une nouvelle victoire. Il remporte Paris-Liège. Il forge son succès dans la côte de Paihle. A l'issue de sa carrière, il devient animateur sportif. Il est à la base de la fondation du vélodrome de la Meuse à Anseremme, inauguré en 1925. Ce vélodrome a été le théâtre de nombreuses réunions sur piste et des arrivées, notamment d'un Reins-Anseremme, ainsi qu'une étape du Tour de Belgique pour indépendants, et il en devient le directeur jusqu'en 1935. Aux abords de cet anneau, Benjamin et son épouse tiennent le "Café du Vélodrome". Devenu ensuite une rôtisserie et actuellement un magasin d'articles de pêche. En 1935, le vélodrome sera détruit pour faire place à un lotissement. C'est ainsi qu'il existe toujours actuellement à Anseremme une rue dénommée : rue du Vélodrome. Benjamin restera toujours un sportif, le pratiquant, aidant d'autres à faire du sport. Il participe notamment à plusieurs épreuves de kayak sur la Lesse et sur l'Ourthe. Avec G. Bohée, il est parmi les pionniers de la descente de la Lesse entre Houyet et Anseremme qu'ils exploitent (22 kilomètres en barque). Il ne ménage pas ses efforts dès 1947 pour relancer le Royal Cercle Nautique Meuse et Lesse, dont on connaît l'essor qu'il a pris depuis.

Atteint par la maladie, Benjamin s'éteindra le 17 octobre 1953 à l'âge de 59 ans. "Vers l'Avenir" dans son édition du 21 octobre 1953 relatait :
"L'ancien champion cycliste Benjamin Javaux est décédé"
"A l'approche de la soixantaine, Benjamin Javaux, d'Anseremme, est décédé après une longue et pénible maladie. Il fut l'un des pionniers du sport cycliste dans la région. Sous les couleurs de la Pédale Dinantaise, il enleva de multiples succès après la première guerre mondiale. En 1921 "sa grande armée" il se classa second de Paris-Dinant derrière le célèbre champion Lucien Buysse et termina 21ème au Tour de France gagné par Léon Scieur. Avant de se distinguer su piste, Javaux avait mis d'autres performances à son actif sur route : 2ème du Grand Prix de Bruxelles et de Bruxelles-Hoboken pour Indépendants, vanqueur de Paris-Liège (1923) comme professionnel. Un jour, au classique Grand Prix d'Automne, à Saint-Servais, Javaux et Despontin se retrouvèrent seuls en tête. Au sprint, Benjamin était le plus fort, mais le grand Léon enfourcha une machine de piste à Suarlée, lors du dernier tour et poussant un grand braquet, il lâcha Javaux dans la descente d'Arthey et franchit l'arrivée en solitaire. Lorsqu'il se retira de la compétition, Benjamin devint directeur  du vélodrome d'Anseremme qui fut le théâtre de belles réunions sportives avant d'être démonté et oublié. Javaux resta attaché à Anseremme où il recevait de temps à autre la visite d'anciens champions. Fervent chasseur, Benjamin s'intéressait encore au sport cycliste et nous avions encore eu l'occasion de bavarder avec lui, l'an dernier, à Dinant, après l'arrivée d'étape de notre Tour de la Province. Le défunt fut également membre dirigeant du Cercle Nautique "Meuse et Lesse".

Dix-huit ans plus tard, le Tour de France faisait une halte dans la cité mosane. C'est ainsi que le 1er juillet 1971, 50 ans après la participation de Benjamin à la Grande Boucle, Dinant accueillait le départ de la 5ème étape du Tour de France : Dinant-Roubaix. Le Tour voulait ainsi rendre hommage à l'exploit réalisé à Strasbourg par Benjamin. A l'occasion de cet événement, sont repris ci-après, les commentaires de Michel Castaing dans le journal "Le Monde" du 3 juillet 1971.
"Le souvenir de Benjamin Javaux"
Dinant – "L'exploit de Benjamin Javaux n'est pas comparable à celui des Quatre Fils Aymon qui, poursuivis par les troupes de Charlemagne franchirent, grâce à leur cheval Bayard, la Meuse d'un seul bond à partir du gigantesque rocher qui domine Dinant. Et pourtant, il a peut être plus de mérite à chevaucher, avec un courage identique, une monture beaucoup moins fabuleuse. Il n'a pas donné son nom à la postérité, comme ses concitoyens, les peintres Joachim Patenier et Antoine Wiertz, ni même à un simple instrument de musique, comme un autre Dinantais, Adolphe Sax. Et portant toute la petite ville belge, forte de dix mille habitants, située à mi-chemin entre Givet et Namur, a eu pour lui une pensée reconnaissante au matin du jeudi 1er juillet. L'histoire du Tour de France, cette épreuve riche en contes et légendes, n'a pas non plus retenu son visage, ni son patronyme, ni ses performances. Et pourtant, c'est en grande partie grâce à lui si, pour la première fois, un nœud de la "grande boucle" a été serré à Dinant. Si, pour la première fois, le Tour s'y est arrêté ou plutôt en est reparti. C'est, en effet, en raison du souvenir de Benjamin Javaux décédé au début des années 50, que la cité belge a notamment accepté de prêter son admirable site au Tour de France. Car Benjamin fut le seul Dinantais à avoir jamais participé à cette compétition : c'était en 1921, et Dinant avait à fêter dignement ce cinquantenaire. Le coureur belge, qui avait terminé quelques semaines auparavant deuxième de la course Paris-Dinant, derrière Marcel Buysse (une compétition qui n'existe plus aujourd'hui) s'était classé, étrange coïncidence, 21ème de l'épreuve remportée cette année là par un athlète qui, lui aussi, était oublié : Léon Scieur. De ce que tout Dinant avait considéré comme un exploit, il ne reste plus aujourd'hui que quelques photos jaunies, quelques reliques précieusement conservées. Pourtant, Benjamin ne n'était pas seulement contenté d'être un athlète. Il avait été également un grand animateur sportif et, sous sa direction, le vélodrome de Dinant, détruit depuis, avait été le théâtre de belles rondes".

Michel Noël avec l'aide des Archives du fils de Benjamin Javaux, Jean, qui réside à Hulsonniaux.

1920
2ème de Bruxelles-Hoboken
1921
2ème de Paris-Dinant
21ème du Tour de France
- 10ème de la 4ème étape
1922
13ème du Circuit de Paris
1923
1er de Paris-Jemeppe sur Meuse
2ème du G.P d'Automne à St Servais
5ème du G.P de l'Escaut
22ème de Liège-Bastogne-Liège
1924
10ème de Paris-Longwy
13ème de Paris-Bruxelles


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Fichier mis à jour le : 2/02/2013 à 7:47

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